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Citations

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Cinq années de ma vie
Le souvenir de ma femme que je venais de quitter quelques heures auparavant, dans l’ignorance de mon départ, que je n’avais même pas pu embrasser, le souvenir de mes enfants, de tous les miens, de tous ces chers êtres que je laissais derrière moi dans la douleur et le désespoir, l’incertitude du lieu où j’allais être conduit, la situation qui m’était faite, tout cela me mit dans un état indescriptible et je ne pus que me jeter sur le sol, dans un coin de ma cellule, et pleurer à chaudes larmes dans la nuit sombre et froide.
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
À mon arrivée sur le « Saint-Nazaire », je fus conduit dans une cellule de condamné, fermée par un simple grillage, située sous le pont, à l’avant. La partie du pont, en avant des cellules des condamnés, était découverte. Le froid était terrible — près de 14 degrés au-dessous de zéro — la nuit noire. Un hamac me fut jeté et je fus laissé sans nourriture.
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Comme je te l’ai dit, je ferai mon possible pour dompter les battements de mon cœur ulcéré, pour supporter cet horrible et long martyre, afin de voir luire avec vous le jour heureux de la réhabilitation.
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Mon temps se passait à te regarder, à m’imprégner de ton visage, à me demander par quelle fatalité inouïe du sort j’étais séparé de toi…
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Si cruellement blessés que nous fussions par les conditions atroces dans lesquelles on permit de nous revoir, si angoissés que nous fussions de voir les minutes s’écouler avec une rapidité vertigineuse, nous éprouvâmes un grand bonheur intérieur de nous retrouver. Mais la situation était trop poignante pour qu’elle pût être exprimée par des paroles. Ce qui fut pour nous un puissant réconfort, c’est que nous sentîmes fortement que nos deux âmes n’en faisaient plus qu’une, que l’intelligence, la volonté de tous ne seraient plus tendues que vers un seul but : la découverte de la vérité, du coupable.
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
J’ai eu une joie enfantine hier soir en recevant enfin l’autorisation de te voir deux fois par semaine.
Enfin le moment va venir où j’aurai le bonheur extrême de te serrer sur mon cœur et de te rendre par ma présence de nouvelles forces.
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
J’ai reçu ce matin ta lettre du 31 janvier. Tes souffrances me navrent. J’ai pleuré, pleuré bien longuement, la tête entre mes deux mains et il m’a fallu une chaude caresse de notre bon petit Pierre pour ramener un sourire sur mes lèvres et encore mes souffrances ne sont rien comparées aux tiennes…
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
..... Cela me fait tant de chagrin quand je regarde nos pauvres chers enfants, de penser que tu aurais un tel bonheur de les avoir autour de toi, de les voir grandir, se développer, d’assister à l’ouverture de leurs intelligences, que parfois les larmes me montent aux yeux.
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Dans mon horrible solitude, dans la situation tragique dans laquelle des événements aussi bizarres qu’incompréhensibles m’ont placé, j’avais au moins cette unique consolation, c’est de sentir près de moi ton cœur battre à l’unisson du mien, partager toutes mes tortures…
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Mon Dieu, quelle vie au jour le jour, dans l’attente d’un meilleur lendemain.
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Nous n’aurons le droit de mourir que lorsque notre tâche sera accomplie, lorsque notre nom sera lavé de cette souillure.
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Faut-il qu’on ait peu de pitié pour maltraiter, pour torturer ainsi deux pauvres êtres qui s’adorent et qui n’ont dans le cœur que des sentiments droits et honnêtes, qui n’ont qu’un but, qu’un rêve : trouver le coupable et réhabiliter leur nom, celui de leurs enfants qui a été injustement avili…
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Que de larmes j’ai versées sur cette pauvre petite lettre, sur cette pauvre partie si petite de toi-même qui m’arrive après tant de jours d’inquiétude.
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Jusqu’à présent, j’avais chaque jour un moment de bonheur en recevant ta lettre. C’était un écho de vous tous, un écho de toutes vos sympathies qui réchauffait mon pauvre cœur glacé. Je relisais ta lettre quatre ou cinq fois, je m’imprégnais de chaque mot, peu à peu les mots écrits se transformaient en paroles dites, il me semblait bientôt t’entendre me parler tout près de moi. Oh ! musique délicieuse qui allait à mon âme !
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Regarder en arrière, je ne le puis. Les larmes me saisissent quand je pense à notre bonheur passé. Je ne puis que regarder en avant, avec le suprême espoir que bientôt luira le grand jour de la lumière et de la vérité.
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Chaque fois qu’on m’apporte une lettre de toi, un rayon de joie pénètre dans mon cœur profondément ulcéré.
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Oui, ma chérie, il faut que je vive ; il faut que je supporte mon martyre jusqu’au bout pour le nom que portent ces chers petits. Il faut qu’ils apprennent un jour que ce nom est digne d’être honoré, d’être respecté ; il faut qu’ils sachent que si je mets l’honneur de beaucoup de personnes au-dessous du mien, je n’en mets aucun au-dessus…
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Je ne sais ni sur qui, ni sur quoi fixer mes idées. Quand je regarde le passé, la colère me monte au cerveau, tant il me semble impossible que tout me soit ainsi ravi ; quand je regarde le présent, ma situation est si misérable que je pense à la mort comme à l’oubli de tout ; il n’y a que lorsque je regarde l’avenir, que j’ai un moment de soulagement…
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Je pense à toi sans cesse, pas une seconde ne s’écoule sans que je souffre avec toi, et ma souffrance est d’autant plus terrible que je suis loin, sans nouvelles, et qu’à cet horrible tourment de toute heure se joint l’inquiétude. Je ne puis attendre le moment d’avoir l’autorisation de te rejoindre, de te tenir dans mes bras. Que de choses j’ai à te dire, d’abord des nouvelles de nous tous, de nos pauvres enfants, de toute la famille, puis les efforts surhumains que nous faisons pour trouver dans notre pauvre intelligence la clef de l’énigme…
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Je suis dans des transes épouvantables, dans une inquiétude terrible de ne pas avoir encore de nouvelles de toi. Je souffre horriblement, il me semble qu’à mesure qu’on te torture, on m’arrache des lambeaux de moi-même, c’est atroce !…
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Quand je pense à ce que j’étais il y a quelques mois à peine et quand je le compare à ma situation misérable d’aujourd’hui, j’avoue que j’ai des défaillances, des colères farouches contre l’injustice du sort. Je suis, en effet, la victime de l’erreur la plus épouvantable de notre siècle. Ma raison se refuse parfois à y croire ; il me semble que je suis le jouet d’une terrible hallucination, que tout cela va se dissiper… mais, hélas ! la réalité est tout autour de moi…
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Je n’ose te parler de nos enfants. Quand je regarde leurs photographies, quand je vois leurs yeux si bons, si doux, les sanglots me montent du cœur aux lèvres…
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Je n’ai que deux moments heureux dans la journée, mais si courts ! Le premier, quand on m’apporte cette feuille de papier afin de pouvoir t’écrire ; je passe ainsi quelques instants à causer avec toi. Le second quand on m’apporte ta lettre journalière…
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Qu’on poursuive les recherches ; que ceux qui possèdent de puissants moyens d’investigation les utilisent dans ce but, c’est pour eux un devoir sacré d’humanité et de justice. Il est impossible alors que la lumière ne se fasse pas autour de ma mystérieuse et tragique affaire…
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Enfin, qu’est-ce que je demande nuit et jour ? Justice, justice ! Sommes-nous au xixe siècle ou faut-il retourner de quelques siècles en arrière ? Est-il possible que l’innocence soit méconnue dans un siècle de lumière et de vérité ? Qu’on cherche ; je ne demande aucune grâce, mais je demande la justice qu’on doit à tout être humain.
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
L’autre jour, quand on m’insultait à La Rochelle, j’aurais voulu m’échapper des mains de mes gardiens et me présenter la poitrine découverte à ceux pour lesquels j’étais un juste objet d’indignation et leur dire : « Ne m’insultez pas, mon âme que vous ne pouvez pas connaître est pure de toute souillure, mais si vous me croyez coupable, tenez, prenez mon corps, je vous le livre sans regrets. » Au moins alors, sous l’âpre morsure des souffrances physiques, quand j’aurais encore crié « Vive la France », peut-être alors eût-on cru à mon innocence !
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Je te rappelle enfin qu’avant de venir ici il faut que tu te munisses de toutes les autorisations nécessaires pour me voir, que tu demandes le droit de m’embrasser, etc…
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Jeudi soir, on est venu me réveiller pour m’emmener ici, où je suis arrivé seulement hier au soir. Je ne veux pas te raconter mon voyage pour ne pas t’arracher le cœur ; sache seulement que j’ai entendu les cris légitimes d’un peuple contre celui qu’il croit un traître, c’est-à-dire le dernier des misérables. Je ne sais plus si j’ai un cœur…
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
À mon arrivée à l’île de Ré, à la nuit noire, je dus marcher dans la neige pour arriver au Dépôt ; je fus reçu durement par le directeur et conduit au greffe où l’on me déshabilla entièrement pour me fouiller. Enfin, vers neuf heures du soir, brisé de corps et d’âme, je fus mené dans la cellule que je devais habiter.
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Je dus rester tout l’après-midi dans la voiture cellulaire, entendant au dehors la foule qui devenait de plus en plus houleuse. Enfin, à la nuit, on me fit sortir du wagon. Dès que je parus, les clameurs redoublèrent. Les coups pleuvaient sur moi ; autour de moi, des bousculades eurent lieu. Je restai impassible au milieu de cette foule, je me trouvai même un instant presque seul au milieu d’elle, prêt à lui livrer mon corps. Mais mon âme était à moi et je comprenais trop bien la douleur de ce peuple abusé ; j’aurais voulu, en lui laissant mon être physique, lui crier son erreur.
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Entre dix heures et onze heures du soir, je fus brusquement réveillé ; on me dit de me préparer aussitôt pour le départ. Je n’eus que le temps de m’habiller à la hâte. Le délégué du ministère de l’intérieur chargé, avec trois gardiens, du transbordement, fut d’une brutalité révoltante ; à peine vêtu, il me fit mettre les menottes et ne me donna même pas le temps de prendre mon lorgnon. Il faisait un froid terrible.
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Je quittai la prison de la Santé le 17 janvier 1895. J’avais préparé comme d’habitude ma cellule, rabattu ma couchette, et je m’étais couché à l’heure réglementaire, sans qu’aucun indice pût me faire soupçonner mon départ.
(Chapitre VI)
Cinq années de ma vie
Quelle triste journée je passe, pire que les autres si cela est possible, car la seule ombre de bonheur qui nous est accordée m’est aujourd’hui refusée. J’ai pu me lever, mais je ne suis pas encore assez solide pour sortir ; le docteur, malgré l’immense désir que j’avais de venir t’embrasser, craignait pour moi un refroidissement, il désire que je garde encore la chambre demain. Cela me fait beaucoup de peine et je dois t’avouer que j’ai été peu raisonnable, je me suis cachée pour pleurer.
(Chapitre V)
Cinq années de ma vie
Que les minutes d’ennui sont longues, mais comme les minutes de bonheur passent vite !
(Chapitre V)
Cinq années de ma vie
Je suis encore toute émue de notre entrevue d’hier ; j’ai été terriblement impressionnée en te voyant, en te causant ; j’en ai éprouvé un tel plaisir que j’ai été incapable de fermer l’œil cette nuit. Tu es admirable de conserver, malgré tes souffrances, une âme aussi vaillante, des sentiments aussi nobles, aussi élevés. Oui, il faut bien l’espérer, un jour viendra où la lumière sera faite, où ton innocence sera reconnue, où la France reconnaîtra son erreur et verra en toi un de ses plus braves, de ses plus nobles enfants. Tu auras encore du bonheur, nous passerons d’heureuses années ensemble ; toi, qui faisais tant de projets, qui rêvais de faire de ton fils un homme, tu auras encore cette joie. Il est bien bon, ton petit Pierre, et sa sœur est très gentille également. J’étais sévère pour eux, tu le sais, mais j’avoue que maintenant, tout en exigeant d’eux l’obéissance, je me laisse souvent aller à les gâter. Qu’ils profitent, ces pauvres petits, avant de connaître les tristesses de la vie…
(Chapitre V)
Cinq années de ma vie
J’excuse très bien cette colère, cette rage de tout un noble peuple auquel on apprend qu’il y a un traître… mais je veux vivre, pour qu’il sache que ce traître ce n’est pas moi.
(Chapitre V)
Cinq années de ma vie
Je ne me plains pas de mes souffrances physiques, tu sais que celles-là je les méprise, mais sentir planer sur son nom une accusation épouvantable, infâme, quand on est innocent…
(Chapitre V)
Cinq années de ma vie
Nous étions si heureux ! Tout nous souriait dans la vie. Te souviens-tu quand je te disais que nous n’avions rien à envier à personne ? Situation, fortune, amour réciproque de l’un pour l’autre, des enfants adorables… nous avions tout enfin.
Pas un nuage à l’horizon… puis un coup de foudre épouvantable, inattendu, si incroyable même, qu’aujourd’hui encore il me semble parfois que je suis le jouet d’un horrible cauchemar.
(Chapitre V)
Cinq années de ma vie
Pardonne-moi, si parfois je gémis… mais que veux-tu, il m’arrive, sous l’amertume des souvenirs, d’avoir besoin d’épancher dans ton cœur le trop plein du mien.
(Chapitre V)
Cinq années de ma vie
J’avais joui cette nuit d’un peu de calme, j’avais rêvé que nous causions ; mais quel réveil, quelles angoisses quand je me suis trouvée de nouveau en proie à mon sombre chagrin !
(Chapitre V)
Cinq années de ma vie
Le martyre que j’endure est vraiment cruel pour un innocent…
(Chapitre V)
Cinq années de ma vie
Je vis d’espoir, je vis dans la conviction qu’il est impossible que la vérité ne se fasse pas jour, que mon innocence ne soit pas reconnue et proclamée par cette chère France, ma patrie…
(Chapitre V)
Cinq années de ma vie
… Vraiment, quand j’y pense encore, je me demande comment j’ai pu avoir le courage de te promettre de vivre après ma condamnation. Cette journée du samedi reste dans mon esprit gravée en lettres de feu. J’ai le courage du soldat qui affronte le danger en face, mais hélas ! aurai-je l’âme du martyr ?…
(Chapitre V)
Cinq années de ma vie
… Dans mes plus tristes moments, dans mes moments de crise violente, une étoile vient tout à coup briller dans mon cerveau et me sourire. C’est ton image, ma chérie, c’est ton image adorée, que j’espère revoir bientôt et auprès de laquelle j’attendrai patiemment qu’on me rende ce que j’ai de plus cher en ce monde, mon honneur, mon honneur qui n’a jamais failli…
(Chapitre V)
Cinq années de ma vie
Qu’est-ce que notre fortune à côté de l’honneur d’un homme, d’enfants, de deux familles ; je serai heureuse d’avoir consacré tout notre avoir à cette noble tâche…
Nous avons tous la conviction qu’il n’est pas d’erreur qui ne se reconnaisse un jour, que le coupable se trouvera et que nos efforts seront couronnés de succès…
(Chapitre V)
Cinq années de ma vie
Je ne pense qu’à toi, je ne veux vivre que pour toi et dans l’espoir de te retrouver bientôt.
(Chapitre V)
Cinq années de ma vie
Je souffre tellement, tellement de te sentir si malheureux, de ne pouvoir soulager ta douleur, que tout ce qui m’entoure, tout ce qui se passe autour de moi, en un mot tout ce qui n’est pas toi, me laisse indifférente.
(Chapitre V)
Cinq années de ma vie
Si seulement je pouvais être auprès de toi, partager tes douleurs, tes souffrances, rester dans ta cellule, vivre de la même vie que toi, je serais presque heureuse.
(Chapitre V)
Cinq années de ma vie
Quel cœur est plus préparé que le tien à recevoir le trop-plein du mien ? C’est ton amour qui m’a donné le courage de vivre ; il faut que je le sente vibrer près du mien.
(Chapitre V)
Cinq années de ma vie
Quelle horrible matinée ! Quels atroces moments ! Non ! je ne puis y penser, cela me fait trop souffrir. Toi, mon pauvre ami, un homme d’honneur, toi qui adores la France, toi qui as une âme si belle, des sentiments aussi élevés, subir la peine la plus infamante qu’on puisse infliger, c’est abominable !
(Chapitre V)
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