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Citations

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Cinq années de ma vie
Nos enfants sont ravissants. Ton pauvre petit Pierre demande tant après toi, je ne puis lui répondre que par des larmes. Ce matin encore il me demandait si tu rentrerais ce soir. Je m’ennuie beaucoup, beaucoup après mon papa, m’a-t-il dit. Jeanne change énormément ; elle cause bien, fait des phrases et embellit beaucoup. Du courage, tu les retrouveras un jour ; nos rêves, nos projets renaîtront et nous pourrons les accomplir.
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
Que deviendrai-je sans toi ? je n’aurai plus rien qui me rattacherait au monde, je mourrais de chagrin si je n’avais l’espoir de me retrouver auprès de toi et de passer encore d’heureuses années à tes côtés…
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
Je pleure, je pleure et je recommence à pleurer. Tes lettres seules viennent me consoler dans mon extrême douleur, seules elles me soutiennent et me réconfortent. Vis pour moi, je t’en conjure, mon cher ami ; rassemble tes forces, lutte, luttons ensemble jusqu’à la découverte du coupable.
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
Je souffre au delà de tout ce qu’on peut imaginer des horribles tortures que tu supportes ; ma pensée ne te quitte pas une seconde. Je te vois seul dans ta triste prison en proie aux plus sombres réflexions, je compare nos années de bonheur, les douces journées que nous avons passées ensemble à l’heure actuelle. Comme nous étions heureux, comme tu as été bon et dévoué pour moi, avec quel entier dévouement tu m’as soignée quand j’étais malade, quel père tu étais pour nos pauvres chéris. Tout cela passe et repasse dans mon esprit ; je suis malheureuse de ne pas t’avoir près de moi, de me sentir seule. Mon cher adoré, il faut, il faut absolument que nous nous retrouvions ensemble, que nous vivions l’un pour l’autre, car nous ne pouvons plus exister l’un sans l’autre. Il faut que tu te résignes à tout, que tu supportes les terribles épreuves qui t’attendent, que tu sois fort et fier dans le malheur…
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
Tu es fort de ton innocence ; imagine-toi que c’est un autre que toi-même que l’on déshonore, accepte le châtiment immérité, fais-le pour moi, pour ta femme qui t’adore.
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
Je ne puis me passer de toi, tu es ma consolation ; la seule lueur de bonheur qui me reste est de finir mes jours à tes côtés. Tu as été un martyr, et tu as encore horriblement à souffrir. La peine qui va t’être infligée est odieuse. Promets-moi que tu la supporteras courageusement.
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
Partout où tu iras, où l’on t’enverra, je te suivrai ; à deux nous supporterons plus facilement l’expatriement, nous vivrons l’un pour l’autre… ; nous élèverons nos enfants, nous leur donnerons une âme bien trempée contre les vicissitudes de la vie.
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
Tu sais si je t’aime, si je t’adore, mon bien cher mari ; notre immense malheur, l’horrible infamie dont nous sommes l’objet ne font que resserrer encore les liens de mon affection.
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
Je viens d’avoir, dans mon immense chagrin, la joie d’avoir de tes nouvelles, d’entendre parler Me Demange dans des termes si chauds, si cordiaux, que mon pauvre cœur en a été réconforté.
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
En tout cas, sois certain d’une chose, c’est que je te suivrai si loin qu’on t’enverra. Je ne sais si la loi m’autorise à t’accompagner, mais elle ne peut m’empêcher de te rejoindre et je le ferai.
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
Nous avons passé près de cinq années de bonheur absolu, vivons sur ce souvenir ; un jour justice se fera et nous serons encore heureux, les enfants t’adoreront. Nous ferons de ton fils un homme tel que toi, je ne pourrai pas lui choisir de plus bel exemple.
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
Quel malheur, quelle torture, quelle ignominie ! Nous en sommes tous terrifiés, anéantis. Je sais comme tu es courageux, je t’admire. Tu es un malheureux martyr. Je t’en supplie, supporte encore vaillamment ces nouvelles tortures. Notre vie, notre fortune à tous sera sacrifiée à la recherche des coupables. Nous les trouverons, il le faut. Tu seras réhabilité.
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
Ce qu’il faut surtout, quoi qu’il advienne de moi, c’est chercher la vérité, c’est remuer ciel et terre pour la découvrir, c’est y engloutir, s’il le faut, notre fortune, afin de réhabiliter mon nom traîné dans la boue. Il faut à tout prix laver cette tache imméritée.
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
Avoir entendu tout ce qu’on m’a dit, quand on sait en son âme et conscience n’avoir jamais failli, n’avoir même jamais commis la plus légère imprudence, c’est la torture morale la plus épouvantable.
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
Mon amertume est telle, mon cœur si ulcéré, que je me serais déjà débarrassé de cette triste vie, si ton souvenir ne m’arrêtait, si la crainte d’augmenter encore ton chagrin ne retenait mon bras.
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
C’est pour toi seule que j’ai résisté jusqu’aujourd’hui ; c’est pour toi seule, mon adorée, que j’ai supporté ce long martyre. Mes forces me permettront-elles d’aller jusqu’au bout ? Je n’en sais rien. Il n’y a que toi qui puisses me donner du courage ; c’est dans ton amour que j’espère le puiser…
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
Il me semble parfois que je suis le jouet d’un horrible cauchemar.
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
Ma chérie,

Je souffre beaucoup, mais je te plains encore plus que moi. Je sais combien tu m’aimes ; ton cœur doit saigner. De mon côté, mon adorée, ma pensée a toujours été vers toi, nuit et jour.
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
Mon désespoir fut immense ; la nuit qui suivit ma condamnation fut une des plus tragiques de ma tragique existence. Je roulais dans ma tête les projets les plus extravagants ; j’étais las de tant d’atrocités, révolté de tant d’iniquités. Mais le souvenir de ma femme, de mes enfants m’empêcha de prendre une décision suprême et je me résolus à attendre.
(Chapitre IV)
Cinq années de ma vie
L’acquittement me parut certain.
Je fus condamné.
(Chapitre III)
Cinq années de ma vie
Dans la quatrième et dernière audience, le commissaire du Gouvernement abandonna tous les griefs accessoires pour ne retenir comme pièce à charge que le bordereau ; il s’empara de cette pièce et la brandit en s’écriant :
«  Il ne reste plus que le bordereau, mais cela suffit. Que les juges prennent leurs loupes. »
(Chapitre III)
Cinq années de ma vie
J’avais hâte de détruire les misérables arguments d’une infâme accusation, de défendre mon honneur.
(Chapitre III)
Cinq années de ma vie
Lorsque je fus introduit dans la salle d’audience, accompagné par un lieutenant de la garde républicaine, je ne vis rien, je n’entendis rien. J’ignorais tout ce qui se passait autour de moi ; j’avais l’esprit complètement absorbé par l’affreux cauchemar qui pesait sur moi depuis de si longues semaines, par l’accusation monstrueuse de trahison dont j’allais démontrer l’inanité, le néant.
(Chapitre III)
Cinq années de ma vie
Dévoué à mon pays auquel j’ai consacré toutes mes forces, toute mon intelligence, je n’ai rien à craindre. Dors donc tranquille, ma chérie, et ne te fais aucun souci. Pense seulement à la joie que nous éprouverons à nous trouver bientôt dans les bras l’un de l’autre, à oublier bien vite ces jours tristes et sombres…
(Chapitre III)
Cinq années de ma vie
Je suis prêt à paraître devant des soldats, comme un soldat qui n’a rien à se reprocher. Ils verront sur ma figure, ils liront dans mon âme, ils acquerront la conviction de mon innocence comme tous ceux qui me connaissent.
(Chapitre III)
Cinq années de ma vie
Comme je te l’ai dit, j’ai passé par des crises épouvantables. J’ai eu de vrais moments de folie furieuse à la pensée d’être accusé d’un crime aussi monstrueux.
(Chapitre III)
Cinq années de ma vie
L’épreuve que je viens de subir, épreuve terrible s’il en fut, a épuré mon âme. Je te reviendrai meilleur que je n’ai été. Je veux te consacrer, à toi, à mes enfants, à nos chères familles, tout ce qui me reste à vivre.
(Chapitre III)
Cinq années de ma vie
J’arrive enfin au terme de mes souffrances, au terme de mon martyre. Demain je paraîtrai devant mes juges, le front haut, l’âme tranquille.
(Chapitre III)
Cinq années de ma vie
Je t’embrasse mille fois comme je t’aime, comme je t’adore.
(Chapitre III)
Cinq années de ma vie
La vérité finira bien par se faire jour. Ma conscience est calme et tranquille, elle ne me reproche rien. J’ai toujours fait mon devoir, jamais je n’ai fléchi la tête. J’ai été accablé, atterré dans ma prison sombre, en tête à tête avec mon cerveau ; j’ai eu des moments de folie farouche, j’ai même divagué, mais ma conscience veillait. Elle me disait : « Haut la tête et regarde le monde en face. Fort de ta conscience marche droit et relève-toi. C’est une épreuve épouvantable, mais il faut la subir. »
(Chapitre III)
Cinq années de ma vie
Te rappelles-tu quand je te disais combien nous étions heureux ? Tout nous souriait dans la vie. Puis tout à coup un coup de foudre épouvantable, dont mon cerveau est encore ébranlé. Moi, accusé du crime le plus monstrueux qu’un soldat puisse commettre ! Encore aujourd’hui je me crois l’objet d’un cauchemar épouvantable.
(Chapitre III)
Cinq années de ma vie
Ma chère Lucie,

Enfin je puis t’écrire un mot, on vient de me signifier ma mise en jugement pour le 19 de ce mois. On me refuse le droit de te voir.
Je ne veux pas te décrire tout ce que j’ai souffert, il n’y a pas au monde de termes assez saisissants pour cela.
(Chapitre III)
Cinq années de ma vie
On me refusait toujours le droit de voir ma femme. Le 5 décembre, je reçus enfin l’autorisation de lui écrire à lettre ouverte.
(Chapitre III)
Cinq années de ma vie
Le quinzième jour enfin après mon arrestation, le commandant du Paty me montra une photographie de la lettre accusatrice, appelée depuis le Bordereau.
Cette lettre, je ne l’avais pas écrite, je n’en étais pas l’auteur.
(Chapitre II)
Cinq années de ma vie
Mais quelles que fussent mes tortures, ma conscience veillait et me dictait infailliblement mon devoir. « Si tu meurs, me disait-elle, on te croira coupable ; quoi qu’il arrive, il faut que tu vives pour crier ton innocence à la face du monde. »
(Chapitre II)
Cinq années de ma vie
J’ignorais toujours quelle était la base de l’accusation ; malgré mes demandes pressantes, je ne pouvais obtenir aucun éclaircissement sur l’accusation monstrueuse portée contre moi. Je me débattais dans le vide.
(Chapitre II)
Cinq années de ma vie
Quand je me vis dans cette sombre cellule, sous l’impression atroce de la scène que je venais de subir et de l’accusation monstrueuse portée contre moi, quand je pensai à tous ceux que je venais de quitter il y a quelques heures à peine, dans la joie et le bonheur, je tombai dans un état de surexcitation terrible, je hurlai de douleur.
(Chapitre II)
Cinq années de ma vie
« Prenez mes clefs, ouvrez tout chez moi, je suis innocent ! » J’ajoutai : « Montrez-moi au moins les preuves de l’infamie que vous prétendez que j’ai commise. » Les charges sont accablantes, me répondit-on, sans vouloir préciser ces charges.
(Chapitre II)
Cinq années de ma vie
Aussitôt la dictée terminée, le commandant du Paty se leva et, posant la main sur moi, s’écria d’une voix tonnante : « Au nom de la loi, je vous arrête ; vous êtes accusé du crime de haute trahison. » La foudre tombant à mes pieds n’eut pas produit en moi une commotion plus violente ; je prononçai des paroles sans suite, protestant contre une accusation aussi infâme que rien dans ma vie ne permettait de justifier.
(Chapitre II)
Cinq années de ma vie
Au cours de la dictée, le commandant m’interpella vivement, me disant : « Vous tremblez. »
(Chapitre II)
Cinq années de ma vie
Mon fils Pierre, alors âgé de trois ans et demi, qui s’était accoutumé à me conduire jusqu’à la porte quand je sortais, m’accompagna ce matin-là comme d’habitude. Ce fut un de mes plus vifs souvenirs dans mon infortune ; bien souvent, dans mes nuits de douleur et de désespoir, j’ai revécu cette minute où j’avais serré dans mes bras pour la dernière fois mon enfant ; j’y puisais une nouvelle dose de force et de volonté.
(Chapitre II)
Cinq années de ma vie
L’année 1893 se passa sans incidents. Ma fille Jeanne vint éclairer mon intérieur d’un nouveau rayon de joie.
(Chapitre II)
Cinq années de ma vie
La carrière m’était ouverte brillante et facile ; l’avenir se montrait sous de beaux auspices. Après les journées de travail, je trouvais le repos et le charme de la vie familiale. Curieux de toutes les manifestations de l’esprit humain, je me complaisais aux longues lectures durant les chères soirées passées auprès de ma femme. Nous étions parfaitement heureux, un premier enfant égayait notre intérieur ; je n’avais pas de soucis matériels, la même affection profonde m’unissait aux membres de ma famille et de la famille de ma femme.
Tout dans la vie semblait me sourire.
(Chapitre I)
Cinq années de ma vie
Dans le courant de l’hiver, je me fiançai à Mlle Lucie Hadamard, qui est devenue ma compagne dévouée et héroïque.
(Chapitre I)
Cinq années de ma vie
Ma première impression triste, dont le souvenir douloureux ne s’est jamais effacé de ma mémoire, a été la guerre de 1870.
(Chapitre I)
Cinq années de ma vie
Je suis né à Mulhouse, en Alsace, le 9 octobre 1859. Mon enfance s’écoula doucement sous l’influence bienfaisante de ma mère et de mes sœurs, d’un père profondément dévoué à ses enfants, sous la touchante protection de frères plus âgés.
(Chapitre I)
Cinq années de ma vie
Je raconte uniquement dans ces pages ma vie pendant les cinq années où j’ai été retranché du monde des vivants.
Idées républicaines
La politesse, la circonspection, l’indulgence, affermissent l’union entre les amis et dans les familles ; elles feront le même effet dans un petit État, qui est une grande famille.
Idées républicaines
La tolérance est aussi nécessaire en politique qu’en religion ; c’est l’orgueil seul qui est intolérant. C’est lui qui révolte les esprits, en voulant les forcer à penser comme nous ; c’est la source secrète de toutes les divisions.
Idées républicaines
Sera-ce par des livres qui détruisent la superstition, et qui rendent la vertu aimable, qu’on parviendra à rendre les hommes meilleurs ? Oui ; si les jeunes gens lisent ces livres avec attention, ils seront préservés de toute espèce de fanatisme : ils sentiront que la paix est le fruit de la tolérance, et le véritable but de toute société.
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