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Lettres d'une Péruvienne
Une odeur agréable, mais indéterminée, laisse à peine discerner si elle affecte le goût ou l’odorat ; l’air même sans être aperçu, porte dans tout notre être une volupté pure qui semble nous donner un sens de plus, sans pouvoir en désigner l’organe.
(Lettre XII)
Lettres d'une Péruvienne
si les beautés du ciel et de la terre nous emportent loin de nous par un ravissement involontaire, celles des forêts nous y ramènent par un attrait intérieur, incompréhensible, dont la seule nature a le secret. En entrant dans ces beaux lieux, un charme universel se répand sur tous les sens et confond leur usage.
(Lettre XII)
Lettres d'une Péruvienne
À la fin d’un beau jour, le ciel n’offre pas un spectacle moins admirable que celui de la terre ; des nuées transparentes assemblées autour du soleil, teintes des plus vives couleurs, nous présentent de toutes parts des montagnes d’ombre et de lumière, dont le majestueux désordre attire notre admiration jusqu’à l’oubli de nous-mêmes.
(Lettre XII)
Lettres d'une Péruvienne
Les yeux sans se fatiguer parcourent, embrassent et se reposent tout à la fois sur une variété infinie d’objets admirables : on croit ne trouver de bornes à sa vue que celles du monde entier ; cette erreur nous flatte, elle nous donne une idée satisfaisante de notre propre grandeur, et semble nous rapprocher du créateur de tant de merveilles.
(Lettre XII)
Lettres d'une Péruvienne
Les campagnes immenses, qui se changent et se renouvellent sans cesse à des regards attentifs emportent l’âme avec plus de rapidité que l’on ne les traverse.
(Lettre XII)
Lettres d'une Péruvienne
Renfermée dans le temple dès ma plus tendre enfance, je ne connaissais pas les beautés de l’univers ; tout ce que je vois me ravit et m’enchante.
(Lettre XII)
Lettres d'une Péruvienne
De mon côté j’étais fort attentive à l’observer pour ne point blesser les usages d’une nation si peu instruite des nôtres.
(Lettre XI)
Lettres d'une Péruvienne
Je compris que je commettais une faute, si je sortais, et je me gardai bien de rien faire qui méritât le blâme que l’on me donnait sans sujet ; je restai donc, en portant toute mon attention sur ces femmes ; je crus démêler que la singularité de mes habits causait seule la surprise des unes et les ris offensants des autres, j’eus pitié de leur faiblesse ; je ne pensai plus qu’à leur persuader par ma contenance, que mon âme ne différait pas tant de la leur, que mes habillement de leurs parures.
(Lettre XI)
Lettres d'une Péruvienne
Nous entrâmes dans une chambre plus grande et plus ornée que celle que j’habite ; beaucoup de monde y était assemblé. L’étonnement général que l’on témoigna à ma vue me déplut, les ris excessifs que plusieurs jeunes filles s’efforçaient d’étouffer et qui recommençaient, lorsqu’elles levaient les yeux sur moi, excitaient dans mon cœur un sentiment si fâcheux, que je l’aurais pris pour de la honte, si je me fusse sentie coupable de quelque faute. Mais ne me trouvant qu’une grande répugnance à demeurer avec elles, j’allais retourner sur mes pas quand un signe de Déterville me retint.
(Lettre XI)
Lettres d'une Péruvienne
Cependant je ne puis encore juger de rien, mon esprit flotte toujours dans une mer d’incertitudes ; mon cœur seul inébranlable ne désire, n’espère, et n’attend qu’un bonheur sans lequel tout ne peut être que peines.
(Lettre X)
Lettres d'une Péruvienne
L’étonnement me tenait immobile les yeux attachés sur cette ombre, quand Déterville m’a fait remarquer sa propre figure à côté de celle qui occupait toute mon attention : je le touchais, je lui parlais, et je le voyais en même temps fort près et fort loin de moi.
(Lettre X)
Lettres d'une Péruvienne
En entrant dans la chambre où Déterville m’a logée, mon cœur a tressailli ; j’ai vu dans l’enfoncement une jeune personne habillée comme une vierge du Soleil ; j’ai couru à elle les bras ouverts. Quelle surprise, mon cher Aza, quelle surprise extrême, de ne trouver qu’une résistance impénétrable, où je voyais une figure humaine se mouvoir dans un espace fort étendu !
(Lettre X)
Lettres d'une Péruvienne
Je suis enfin arrivée à cette terre, l’objet de mes désirs, mon cher Aza, mais je n’y vois encore rien qui m’annonce le bonheur que je m’en étais promis, tout ce qui s’offre à mes yeux me frappe, me surprend, m’étonne, et ne me laisse qu’une impression vague, une perplexité stupide, dont je ne cherche pas même à me délivrer ; mes erreurs répriment mes jugements, je demeure incertaine, je doute presque de ce que je vois.
(Lettre X)
Lettres d'une Péruvienne
La lumière de mes jours dissipera en un moment les ténèbres qui m’environnent.
(Lettre IX)
Lettres d'une Péruvienne
Nous touchons à la terre.
(Lettre IX)
Lettres d'une Péruvienne
L’intelligence des langues serait-elle celle de l’âme ?
(Lettre IX)
Lettres d'une Péruvienne
De fâcheuses réflexions couvrent quelquefois de nuages ma plus chère espérance : je passe successivement de la crainte à la joie, et de la joie à l’inquiétude.
(Lettre IX)
Lettres d'une Péruvienne
Loin de me traiter en esclave, il semble être le mien.
(Lettre IX)
Lettres d'une Péruvienne
Je sais que le nom du cacique est Déterville, celui de notre maison flottante vaisseau, et celui de la terre où nous allons, France.
(Lettre IX)
Lettres d'une Péruvienne
Le temps ainsi que l’espace n’est connu que par ses limites.
(Lettre IX)
Lettres d'une Péruvienne
Par un prodige incompréhensible, en me faisant regarder à travers une espèce de canne percée, il m’a fait voir la terre dans un éloignement, où sans le secours de cette merveilleuse machine, mes yeux n’auraient pu atteindre.
(Lettre VIII)
Lettres d'une Péruvienne
Le croirais-tu, mon cher Aza ? Il y a des moments, où je trouve de la douceur dans ces entretiens muets ; le feu de ses yeux me rappelle l’image de celui que j’ai vu dans les tiens ; j’y trouve des rapports qui séduisent mon cœur. Hélas que cette illusion est passagère et que les regrets qui la suivent sont durables ! ils ne finiront qu’avec ma vie, puisque je ne vis que pour toi.
(Lettre VII)
Lettres d'une Péruvienne
La connaissance de ma faute en est la plus sévère punition. Abandonnée à l’amertume du repentir, ensevelie sous le voile de la honte, je me tiens à l’écart ; je crains que mon corps n’occupe trop de place : je voudrais le dérober à la lumière ; mes pleurs coulent en abondance, ma douleur est calme, nul son ne l’exhale ; mais je suis toute à elle.
(Lettre VII)
Lettres d'une Péruvienne
Aza, tu n’as pas tout perdu, tu règnes encore sur un cœur ; je respire. La vigilance de mes surveillants a rompu mon funeste dessein, il ne me reste que la honte d’en avoir tenté l’exécution. J’en aurais trop à t’apprendre les circonstances d’une entreprise aussitôt détruite que projetée.
(Lettre VII)
Lettres d'une Péruvienne
Reçois, trop malheureux Aza, reçois les derniers sentiments de mon cœur, il n’a reçu que ton image, il ne voulait vivre que pour toi, il meurt rempli de ton amour. Je t’aime, je le pense, je le sens encore, je le dis pour la dernière fois…
(Lettre VI)
Lettres d'une Péruvienne
Que la mer abîme à jamais dans ses flots ma tendresse malheureuse, ma vie et mon désespoir.
(Lettre VI)
Lettres d'une Péruvienne
Je perds ce que j’aime ; l’univers est anéanti pour moi ; il n’est plus qu’un vaste désert que je remplis des cris de mon amour ; entends-les, cher objet de ma tendresse, sois-en touché, permets que je meure…
(Lettre VI)
Lettres d'une Péruvienne
Cher arbitre de mes jours, de quel prix te peut être désormais ma vie infortunée ? Souffre que je rende à la divinité un bienfait insupportable dont je ne veux plus jouir ; je ne te verrai plus, je ne veux plus vivre.
(Lettre VI)
Lettres d'une Péruvienne
Mon premier coup d’œil ne m’a que trop éclairée sur le mouvement incommode de notre demeure. Je suis dans une de ces maisons flottantes, dont les Espagnols se sont servis pour atteindre jusqu’à nos malheureuses contrées, et dont on ne m’avait fait qu’une description très imparfaite.
(Lettre V)
Lettres d'une Péruvienne
Quelle horrible surprise, mon cher Aza ! Que nos malheurs sont augmentés ! Que nous sommes à plaindre ! Nos maux sont sans remède, il ne me reste qu’à te l’apprendre et à mourir.
(Lettre V)
Lettres d'une Péruvienne
Je souffre toujours également d’un feu intérieur qui me consume.
(Lettre IV)
Lettres d'une Péruvienne
D’un autre côté l’impossibilité de me faire entendre, répand jusque sur mes organes un tourment non moins insupportable que des douleurs qui auraient une réalité plus apparente.
(Lettre IV)
Lettres d'une Péruvienne
Je ne vis plus en moi ni pour moi ; chaque instant où je respire, est un sacrifice que je fais à ton amour, et de jour en jour il devient plus pénible ; si le temps apporte quelque soulagement au mal qui me consume, loin d’éclaircir mon sort, il semble le rendre encore plus obscur.
(Lettre IV)
Lettres d'une Péruvienne
Quel que soit l’amour de la vie, mon cher Aza, les peines le diminuent, le désespoir l’éteint. Le mépris que la nature semble faire de notre être, en l’abandonnant à la douleur, nous révolte d’abord ; ensuite l’impossibilité de nous en délivrer, nous prouve une insuffisance si humiliante, qu’elle nous conduit jusqu’au dégoût de nous-même.
(Lettre IV)
Lettres d'une Péruvienne
Je ne sais plus où je suis, peut-être est-ce loin de toi. Mais dussions-nous être séparés par les espaces immenses qu’habitent les enfants du Soleil, le nuage léger de mes pensées volera sans cesse autour de toi.
(Lettre III)
Lettres d'une Péruvienne
Te l’avouerai-je, chère idole de mon cœur ; fatiguée d’une vie odieuse, rebutée de souffrir des tourments de toute espèce ; accablée sous le poids de mon horrible destinée, je regardai avec indifférence la fin de ma vie que je sentais approcher : je refusai constamment tous les secours que l’on m’offrait ; en peu de jours je touchai au terme fatal, et j’y touchai sans regret.
(Lettre III)
Lettres d'une Péruvienne
Cette maison, que j’ai jugé être fort grande par la quantité de monde qu’elle contenait ; cette maison comme suspendue, et ne tenant point à la terre, était dans un balancement continuel.
(Lettre III)
Lettres d'une Péruvienne
L’horreur me saisit, mon cœur se déchire, mes larmes inondent mon ouvrage.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
C’est toi, mon aimable Aza, c’est toi qui comblas mon âme de délices en m’apprenant que l’auguste rang de ton épouse m’associerait à ton cœur, à ton trône, à ta gloire, à tes vertus ; que je jouirais sans cesse de ces entretiens si rares et si courts au gré de nos désirs, de ces entretiens qui ornaient mon esprit des perfections de ton âme, et qui ajoutaient à mon bonheur la délicieuse espérance de faire un jour le tien.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
J’ignorais les lois de ton empire, mais depuis que je t’avais vu, mon cœur était trop éclairé pour ne pas saisir l’idée du bonheur d’être à toi. Cependant loin d’en connaître toute l’étendue ; accoutumée au nom sacré d’épouse du Soleil, je bornais mon espérance à te voir tous les jours, à t’adorer, à t’offrir des vœux comme à lui.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Je pris le feu qui m’animait pour une agitation divine, je crus que le soleil me manifestait sa volonté par ton organe, qu’il me choisissait pour son épouse d’élite : j’en soupirai, mais après ton départ, j’examinai mon cœur, et je n’y trouvai que ton image.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
J’étais trop ignorante sur les effets de l’amour pour ne pas m’y tromper.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Tremblante, interdite, la timidité m’avait ravi jusqu’à l’usage de la voix ; enhardie enfin par la douceur de tes paroles, j’osai élever mes regards jusqu’à toi, je rencontrai les tiens. Non, la mort même n’effacera pas de ma mémoire les tendres mouvements de nos âmes qui se rencontrèrent, et se confondirent dans un instant.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Pour la première fois j’éprouvai du trouble, de l’inquiétude, et cependant du plaisir. Confuse des agitations de mon âme, j’allais me dérober à ta vue ; mais tu tournas tes pas vers moi, le respect me retint.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Je me représente le spectacle agréable de nos vierges, qui, rassemblées dans un même lieu, reçoivent un nouveau lustre de l’ordre admirable qui règne entre elles : tel on voit dans un jardin l’arrangement des plus belles fleurs ajouter encore de l’éclat à leur beauté.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Tu seras plus roi en régnant sur mon âme, qu’en doutant de l’affection d’un peuple innombrable : ma soumission à tes volontés te fera jouir sans tyrannie du beau droit de commander. En t’obéissant je ferai retentir ton empire de mes chants d’allégresse.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Riches de la possession de nos cœurs, grands par nos vertus, puissants par notre modération, nous irons dans une cabane jouir du ciel, de la terre et de notre tendresse.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Ô mon cher Aza, malheur au peuple que la crainte détermine !
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Non, mon cher Aza, au milieu de ces peuples féroces, que tu nommes Espagnols, tu n’es pas aussi libre que tu crois l’être. Je vois autant de signes d’esclavage dans les honneurs qu’ils te rendent, que dans la captivité où ils me retiennent.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Mais, hélas ! si tu m’aimes encore, pourquoi suis-je dans l’esclavage ? En jetant mes regards sur les murs de ma prison, ma joie disparaît, l’horreur me saisit, et mes craintes se renouvellent.
(Lettre II)
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