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Citations

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Lettres d'une Péruvienne
Je souffre toujours également d’un feu intérieur qui me consume.
(Lettre IV)
Lettres d'une Péruvienne
D’un autre côté l’impossibilité de me faire entendre, répand jusque sur mes organes un tourment non moins insupportable que des douleurs qui auraient une réalité plus apparente.
(Lettre IV)
Lettres d'une Péruvienne
Je ne vis plus en moi ni pour moi ; chaque instant où je respire, est un sacrifice que je fais à ton amour, et de jour en jour il devient plus pénible ; si le temps apporte quelque soulagement au mal qui me consume, loin d’éclaircir mon sort, il semble le rendre encore plus obscur.
(Lettre IV)
Lettres d'une Péruvienne
Quel que soit l’amour de la vie, mon cher Aza, les peines le diminuent, le désespoir l’éteint. Le mépris que la nature semble faire de notre être, en l’abandonnant à la douleur, nous révolte d’abord ; ensuite l’impossibilité de nous en délivrer, nous prouve une insuffisance si humiliante, qu’elle nous conduit jusqu’au dégoût de nous-même.
(Lettre IV)
Lettres d'une Péruvienne
Je ne sais plus où je suis, peut-être est-ce loin de toi. Mais dussions-nous être séparés par les espaces immenses qu’habitent les enfants du Soleil, le nuage léger de mes pensées volera sans cesse autour de toi.
(Lettre III)
Lettres d'une Péruvienne
Te l’avouerai-je, chère idole de mon cœur ; fatiguée d’une vie odieuse, rebutée de souffrir des tourments de toute espèce ; accablée sous le poids de mon horrible destinée, je regardai avec indifférence la fin de ma vie que je sentais approcher : je refusai constamment tous les secours que l’on m’offrait ; en peu de jours je touchai au terme fatal, et j’y touchai sans regret.
(Lettre III)
Lettres d'une Péruvienne
Cette maison, que j’ai jugé être fort grande par la quantité de monde qu’elle contenait ; cette maison comme suspendue, et ne tenant point à la terre, était dans un balancement continuel.
(Lettre III)
Lettres d'une Péruvienne
L’horreur me saisit, mon cœur se déchire, mes larmes inondent mon ouvrage.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
C’est toi, mon aimable Aza, c’est toi qui comblas mon âme de délices en m’apprenant que l’auguste rang de ton épouse m’associerait à ton cœur, à ton trône, à ta gloire, à tes vertus ; que je jouirais sans cesse de ces entretiens si rares et si courts au gré de nos désirs, de ces entretiens qui ornaient mon esprit des perfections de ton âme, et qui ajoutaient à mon bonheur la délicieuse espérance de faire un jour le tien.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
J’ignorais les lois de ton empire, mais depuis que je t’avais vu, mon cœur était trop éclairé pour ne pas saisir l’idée du bonheur d’être à toi. Cependant loin d’en connaître toute l’étendue ; accoutumée au nom sacré d’épouse du Soleil, je bornais mon espérance à te voir tous les jours, à t’adorer, à t’offrir des vœux comme à lui.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Je pris le feu qui m’animait pour une agitation divine, je crus que le soleil me manifestait sa volonté par ton organe, qu’il me choisissait pour son épouse d’élite : j’en soupirai, mais après ton départ, j’examinai mon cœur, et je n’y trouvai que ton image.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
J’étais trop ignorante sur les effets de l’amour pour ne pas m’y tromper.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Tremblante, interdite, la timidité m’avait ravi jusqu’à l’usage de la voix ; enhardie enfin par la douceur de tes paroles, j’osai élever mes regards jusqu’à toi, je rencontrai les tiens. Non, la mort même n’effacera pas de ma mémoire les tendres mouvements de nos âmes qui se rencontrèrent, et se confondirent dans un instant.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Pour la première fois j’éprouvai du trouble, de l’inquiétude, et cependant du plaisir. Confuse des agitations de mon âme, j’allais me dérober à ta vue ; mais tu tournas tes pas vers moi, le respect me retint.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Je me représente le spectacle agréable de nos vierges, qui, rassemblées dans un même lieu, reçoivent un nouveau lustre de l’ordre admirable qui règne entre elles : tel on voit dans un jardin l’arrangement des plus belles fleurs ajouter encore de l’éclat à leur beauté.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Tu seras plus roi en régnant sur mon âme, qu’en doutant de l’affection d’un peuple innombrable : ma soumission à tes volontés te fera jouir sans tyrannie du beau droit de commander. En t’obéissant je ferai retentir ton empire de mes chants d’allégresse.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Riches de la possession de nos cœurs, grands par nos vertus, puissants par notre modération, nous irons dans une cabane jouir du ciel, de la terre et de notre tendresse.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Ô mon cher Aza, malheur au peuple que la crainte détermine !
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Non, mon cher Aza, au milieu de ces peuples féroces, que tu nommes Espagnols, tu n’es pas aussi libre que tu crois l’être. Je vois autant de signes d’esclavage dans les honneurs qu’ils te rendent, que dans la captivité où ils me retiennent.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Mais, hélas ! si tu m’aimes encore, pourquoi suis-je dans l’esclavage ? En jetant mes regards sur les murs de ma prison, ma joie disparaît, l’horreur me saisit, et mes craintes se renouvellent.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Si tu étais un homme ordinaire, je serais restée dans le néant, où mon sexe est condamné. Peu esclave de la coutume, tu m’en as fait franchir les barrières pour m’élever jusqu’à toi.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Je goûte à longs traits la douce satisfaction de te plaire, d’être louée de toi, d’être approuvée par ce que j’aime. Mais, cher Aza, en me livrant à tant de délices, je n’oublie pas que je te dois ce que je suis. Ainsi que la rose tire ses brillantes couleurs des rayons du soleil, de même les charmes qui te plaisent dans mon esprit et dans mes sentiments, ne sont que les bienfaits de ton génie lumineux ; rien n’est à moi que ma tendresse.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Les trésors de l’amour me sont ouverts ; j’y puise une joie délicieuse dont mon âme s’enivre. En dénouant les secrets de ton cœur, le mien se baigne dans une mer parfumée.
(Lettre II)
Lettres d'une Péruvienne
Je donnerais tous les jours que le Soleil me destine pour jouir un seul moment de ta présence.
(Lettre première)
Lettres d'une Péruvienne
Arrachée de la demeure sacrée, traînée ignominieusement hors du temple, j’ai vu pour la première fois le seuil de la porte céleste que je ne devais passer qu’avec les ornements de la royauté ; au lieu de fleurs qui auraient été semées sous mes pas, j’ai vu les chemins couverts de sang et de carnage ; au lieu des honneurs du trône que je devais partager avec toi, esclave sous les lois de la tyrannie, enfermée dans une obscure prison ; la place que j’occupe dans l’univers est bornée à l’étendue de mon être. Une natte baignée de mes pleurs reçoit mon corps fatigué par les tourments de mon âme ; mais, cher soutien de ma vie, que tant de maux me seront légers, si j’apprends que tu respires !
(Lettre première)
Lettres d'une Péruvienne
Mais quel horrible spectacle s’offrit à mes yeux ! Jamais son souvenir affreux ne s’effacera de ma mémoire.
Les pavés du temple ensanglantés ; l’image du Soleil foulée aux pieds ; nos vierges éperdues, fuyant devant une troupe de soldats furieux qui massacraient tout ce qui s’opposait à leur passage ; nos mamas expirantes sous leurs coups, dont les habits brûlaient encore du feu de leur tonnerre ; les gémissements de l’épouvante, les cris de la fureur répandant de toute part l’horreur et l’effroi, m’ôtèrent jusqu’au sentiment de mon malheur.
(Lettre première)
Lettres d'une Péruvienne
Hélas ! que la mienne est changée ! comment se peut-il, que des jours si semblables entre eux, aient par rapport à nous de si funestes différences ? Le temps s’écoule ; les ténèbres succèdent à la lumière ; aucun dérangement ne s’aperçoit dans la nature ; et moi, du suprême bonheur, je suis tombée dans l’horreur du désespoir, sans qu’aucun intervalle m’ait préparée à cet affreux passage.
(Lettre première)
Lettres d'une Péruvienne
Quel est le peuple assez féroce pour n’être point ému aux signes de la douleur ? Quel désert aride a vu naître des humains insensibles à la voix de la nature gémissante ? Les Barbares !
(Lettre première)
Lettres d'une Péruvienne
Loin d’être touchés de mes plaintes, mes ravisseurs ne le sont pas même de mes larmes ; sourds à mon langage, ils n’entendent pas mieux les cris de mon désespoir.
(Lettre première)
Lettres d'une Péruvienne
Depuis le moment terrible (qui aurait dû être arraché de la chaîne du temps, et replongé dans les idées éternelles) depuis le moment d’horreur où ces sauvages impies m’ont enlevée au culte du Soleil, à moi-même, à ton amour ; retenue dans une étroite captivité, privée de toute communication, ignorant la langue de ces hommes féroces, je n’éprouve que les effets du malheur, sans pouvoir en découvrir la cause. Plongée dans un abîme d’obscurité, mes jours sont semblables aux nuits les plus effrayantes.
(Lettre première)
Lettres d'une Péruvienne
Qu’as-tu fait dans ce tumulte affreux, chère âme de ma vie ? Ton courage t’a-t-il été funeste ou inutile ? Cruelle alternative ! mortelle inquiétude ! ô, mon cher Aza ! que tes jours soient sauvés, et que je succombe, s’il le faut, sous les maux qui m’accablent !
(Lettre première)
Lettres d'une Péruvienne
La ville du Soleil, livrée à la fureur d’une nation barbare, devrait faire couler mes larmes ; mais ma douleur, mes craintes, mon désespoir, ne sont que pour toi.
(Lettre première)
Lettres d'une Péruvienne
Aza ! mon cher Aza ! les cris de ta tendre Zilia, tels qu’une vapeur du matin, s’exhalent et sont dissipés avant d’arriver jusqu’à toi ; en vain je t’appelle à mon secours ; en vain j’attends que ton amour vienne briser les chaînes de mon esclavage : hélas ! peut-être les malheurs que j’ignore sont-ils les plus affreux ! peut-être tes maux surpassent-ils les miens !
(Lettre première)
Lettres d'une Péruvienne
Nous devons cette traduction au loisir de Zilia dans sa retraite. La complaisance qu’elle a eu de les communiquer au chevalier Déterville, et la permission qu’il obtint enfin de les garder, les a fait passer jusqu’à nous.
(Avertissement)
Lettres d'une Péruvienne
Il semble inutile d’avertir que les premières lettres de Zilia ont été traduites par elle-même : on devinera aisément, qu’étant composées dans une langue, et tracées d’une manière qui nous sont également inconnues, le recueil n’en serait pas parvenu jusqu’à nous, si la même main ne les eût écrites dans notre langue.
(Avertissement)
Lettres d'une Péruvienne
Avec tant de lumières répandues sur le caractère de ces peuples, il semble que l’on ne devrait pas craindre de voir passer pour une fiction des lettres originales, qui ne font que développer ce que nous connaissons déjà de l’esprit vif et naturel des Indiens ; mais le préjugé a-t-il des yeux ? Rien ne rassure contre son jugement, et l’on se serait bien gardé d’y soumettre cet ouvrage, si son empire était sans borne.
(Avertissement)
Lettres d'une Péruvienne
L’apologiste de l’humanité et de la belle nature a tracé le crayon des mœurs indiennes dans un poème dramatique, dont le sujet a partagé la gloire de l’exécution.
(Avertissement)
Lettres d'une Péruvienne
Nous méprisons les Indiens ; à peine accordons-nous une âme pensante à ces peuples malheureux, cependant leur histoire est entre les mains de tout le monde ; nous y trouvons partout des monuments de la sagacité de leur esprit, & de la solidité de leur philosophie.
(Avertissement)
Lettres d'une Péruvienne
Mais toujours prévenus en notre faveur, nous n’accordons du mérite aux autres nations, non seulement qu’autant que leurs mœurs imitent les nôtres, mais qu’autant que leur langue se rapproche de notre idiome. Comment peut-on être Persan ?
(Avertissement)
Lettres d'une Péruvienne
Enrichis par les précieuses dépouilles du Pérou, nous devrions au moins regarder les habitants de cette partie du monde, comme un peuple magnifique ; et le sentiment de respect ne s’éloigne guère de l’idée et de la magnificence.
(Avertissement)
Lettres d'une Péruvienne
Que ne doit donc pas craindre l’éditeur de cet ouvrage, en présentant au public les lettres d’une jeune Péruvienne, dont le style et les pensées ont si peu de rapport à l’idée médiocrement avantageuse qu’un injuste préjugé nous a fait prendre de sa nation.
(Avertissement)
Lettres d'une Péruvienne
Si la vérité, qui s’écarte du vraisemblable, perd ordinairement son crédit aux yeux de la raison, ce n’est pas sans retour ; mais pour peu qu’elle contrarie le préjugé, rarement elle trouve grâce devant son tribunal.
(Avertissement)
Les Confessions
Tels furent les auteurs de mes jours. De tous les dons que le ciel leur avait départis, un cœur sensible est le seul qu’ils me laissèrent : mais il avait fait leur bonheur, et fit tous les malheurs de ma vie.
(Livre premier)
Les Confessions
Je n’ai pas su comment mon père supporta cette perte, mais je sais qu’il ne s’en consola jamais. Il croyait la revoir en moi, sans pouvoir oublier que je la lui avais ôtée ; jamais il ne m’embrassa que je ne sentisse à ses soupirs, à ses convulsives étreintes, qu’un regret amer se mêlait à ses caresses : elles n’en étaient que plus tendres. Quand il me disait : Jean-Jacques, parlons de ta mère ; je lui disais : Hé bien ! mon père, nous allons donc pleurer : et ce mot seul lui tirait déjà des larmes. Ah ! disait-il en gémissant, rends-la-moi, console-moi d’elle, remplis le vide qu’elle a laissé dans mon âme. T’aimerais-je ainsi, si tu n’étais que mon fils ? Quarante ans après l’avoir perdue, il est mort dans les bras d’une seconde femme, mais le nom de la première à la bouche, et son image au fond du cœur.
(Livre premier)
Les Confessions
Ma mère avait plus que de la vertu pour s’en défendre ; elle aimait tendrement son mari. Elle le pressa de revenir : il quitta tout, et revint. Je fus le triste fruit de ce retour. Dix mois après, je naquis infirme et malade. Je coûtai la vie à ma mère, et ma naissance fut le premier de mes malheurs.
(Livre premier)
Les Confessions
Je suis né à Genève, en 1712, d’Isaac Rousseau, citoyen, et de Susanne Bernard, citoyenne. Un bien fort médiocre, à partager entre quinze enfants, ayant réduit presque à rien la portion de mon père, il n’avait pour subsister que son métier d’horloger, dans lequel il était à la vérité fort habile. Ma mère, fille du ministre Bernard, était plus riche : elle avait de la sagesse et de la beauté. Ce n’était pas sans peine que mon père l’avait obtenue. Leurs amours avaient commencé presque avec leur vie ; dès l’âge de huit à neuf ans ils se promenaient ensemble tous les soirs sur la Treille ; à dix ans ils ne pouvaient plus se quitter. La sympathie, l’accord des âmes, affermit en eux le sentiment qu’avait produit l’habitude. Tous deux, nés tendres et sensibles, n’attendaient que le moment de trouver dans un autre la même disposition, ou plutôt ce moment les attendait eux-mêmes, et chacun d’eux jeta son cœur dans le premier qui s’ouvrit pour le recevoir. Le sort, qui semblait contrarier leur passion, ne fit que l’animer. Le jeune amant, ne pouvant obtenir sa maîtresse, se consumait de douleur : elle lui conseilla de voyager pour l’oublier. Il voyagea sans fruit, et revint plus amoureux que jamais. Il retrouva celle qu’il aimait tendre et fidèle. Après cette épreuve, il ne restait qu’à s’aimer toute la vie ; ils le jurèrent, et le ciel bénit leur serment.
(Livre premier)
Les Confessions
Je me suis montré tel que je fus : méprisable et vil quand je l’ai été ; bon, généreux, sublime, quand je l’ai été : j’ai dévoilé mon intérieur tel que tu l’as vu toi-même, Être éternel.
(Livre premier)
Les Confessions
Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : Voilà ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus. J’ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n’ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon ; et s’il m’est arrivé d’employer quelque ornement indifférent, ce n’a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire.
(Livre premier)
Les Confessions
Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m’a jeté, c’est ce dont on ne peut juger qu’après m’avoir lu.
(Livre premier)
Les Confessions
Moi seul. Je sens mon cœur, et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus ; j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre.
(Livre premier)
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