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Lettres d'une Péruvienne
Ces mots, lui dis-je (un peu intimidée par la vivacité avec laquelle il prononça ces dernières paroles) ces mots doivent, je crois, vous faire entendre que vous m’êtes cher, que votre sort m’intéresse, que l’amitié et la reconnaissance m’attachent à vous ; ces sentiments plaisent à mon cœur, et doivent satisfaire le vôtre.
(Lettre XXIII)
Lettres d'une Péruvienne
Je ne puis encore me flatter, vous ne parlez pas assez bien le français pour détruire mes justes craintes ; vous ne cherchez point à me tromper, je le sais. Mais expliquez-moi quel sens vous attachez à ces mots adorables Je vous aime. Que mon sort soit décidé, que je meure à vos pieds, de douleur ou de plaisir.
(Lettre XXIII)
Lettres d'une Péruvienne
Vous m’aimez, Zilia, me dit-il, vous m’aimez, et vous me le dites ! Je donnerais ma vie pour entendre ce charmant aveu ; hélas ! je ne puis le croire, lors même que je l’entends. Zilia, ma chère Zilia, est-il si bien vrai que vous m’aimez ? ne vous trompez-vous pas vous-même ? votre ton, vos yeux, mon cœur, tout me séduit. Peut-être n’est-ce que pour me replonger plus cruellement dans le désespoir dont je sors.
(Lettre XXIII)
Lettres d'une Péruvienne
Pendant que je prononçais ce peu de mots, il semblait à l’avidité de ses regards qu’il voulait lire dans mon âme.
(Lettre XXIII)
Lettres d'une Péruvienne
L’ingratitude me fait horreur, je me haïrais moi-même si je croyais pouvoir cesser de vous aimer.
(Lettre XXIII)
Lettres d'une Péruvienne
Moi ! m’écriai-je, en l’interrompant, moi je ne vous aime point !
(Lettre XXIII)
Lettres d'une Péruvienne
À quel sentiment, divine Zilia, dois-je attribuer le plaisir que je vois aussi naïvement exprimé dans vos beaux yeux que dans vos discours ?
(Lettre XXIII)
Lettres d'une Péruvienne
Je voulais tout dire à la fois, je disais mal, et cependant je parlais beaucoup.
(Lettre XXIII)
Lettres d'une Péruvienne
Ô mon cher Aza, que la raison de ce pays est bizarre ! toujours en contradiction avec elle-même, je ne sais comment on pourrait obéir à quelques-uns de ses préceptes sans en choquer une infinité d’autres.
(Lettre XXII)
Lettres d'une Péruvienne
La fausseté, mon cher Aza, ne me déplaît guère moins sous le masque transparent de la plaisanterie, que sous le voile épais de la séduction.
(Lettre XXII)
Lettres d'une Péruvienne
Pouvais-je me persuader que chez une nation si fastueuse, des hommes, sans contredit au-dessus des autres, par les lumières de leur esprit, fussent réduits à la triste nécessité de vendre leurs pensées, comme le peuple vend pour vivre les plus viles productions de la terre ?
(Lettre XXII)
Lettres d'une Péruvienne
En effet, dois-je croire que des gens qui connaissent et qui peignent si bien les subtiles délicatesses de la vertu, n’en aient pas plus dans le cœur que le commun des hommes, et quelquefois moins ?
(Lettre XXII)
Lettres d'une Péruvienne
L’esprit tranquille sur les intérêts de ma tendresse, je voulus satisfaire ma curiosité sur les hommes merveilleux qui font des livres ; je commençai par m’informer du rang qu’ils tiennent dans le monde, de la vénération que l’on a pour eux ; enfin des honneurs ou des triomphes qu’on leur décerne pour tant de bienfaits qu’ils répandent dans la société.
(Lettre XXII)
Lettres d'une Péruvienne
Nous sommes déjà brouillés.
(Lettre XXII)
Lettres d'une Péruvienne
Le savant homme m’apprit aussi comment le hasard avait conduit les Espagnols jusqu’à ton malheureux empire, et que la soif de l’or était la seule cause de leur cruauté. Il m’expliqua ensuite de quelle façon le droit de la guerre m’avait fait tomber entre les mains de Déterville par un combat dont il était sorti victorieux, après avoir pris plusieurs vaisseaux aux Espagnols, entre lesquels était celui qui me portait.
(Lettre XXI)
Lettres d'une Péruvienne
Le poids de la reconnaissance est bien léger, mon cher Aza, quand on ne le reçoit que des mains de la vertu.
(Lettre XXI)
Lettres d'une Péruvienne
J’aurais pu appliquer à ses raisonnements ce qu’il opposait aux miens : mais si les lois de l’humanité défendent de frapper son semblable, parce que c’est lui faire un mal, à plus forte raison ne doit-on pas blesser son âme par le mépris de ses opinions. Je me contentai de lui expliquer mes sentiments sans contrarier les siens.
(Lettre XXI)
Lettres d'une Péruvienne
Il venait pour m’instruire de la religion de France, et m’exhorter à l’embrasser ; je le ferais volontiers, si j’étais bien assurée qu’il m’en eût fait une peinture véritable.
(Lettre XXI)
Lettres d'une Péruvienne
Je te porterai, mon cher Aza, tout ce que je pourrai amasser de ces merveilleux ouvrages, je te les expliquerai dans notre langue, je goûterai la suprême félicité de donner un plaisir nouveau à ce que j’aime.
Hélas ! le pourrai-je jamais ?
(Lettre XX)
Lettres d'une Péruvienne
Quelques-uns de ces livres apprennent ce que les hommes ont fait, et d’autres ce qu’ils ont pensé. Je ne puis t’exprimer, mon cher Aza, l’excellence du plaisir que je trouverais à les lire, si je les entendais mieux, ni le désir extrême que j’ai de connaître quelques-uns des hommes divins qui les composent. Puisqu’ils sont à l’âme ce que le soleil est à la terre, je trouverais avec eux toutes les lumières, tous les secours dont j’ai besoin.
(Lettre XX)
Lettres d'une Péruvienne
Je dois une partie de ces connaissances à une sorte d’écriture que l’on appelle livre ; quoique je trouve encore beaucoup de difficultés à comprendre ce qu’ils contiennent, ils me sont fort utiles, j’en tire des notions.
(Livre XX)
Lettres d'une Péruvienne
Ce que je vois, ce que j’apprends des gens de ce pays me donne en général de la défiance de leurs paroles ; leurs vertus, mon cher Aza, n’ont pas plus de réalité que leurs richesses. Les meubles que je croyais d’or, n’en ont que la superficie, leur véritable substance est de bois ; de même ce qu’ils appellent politesse a tous les dehors de la vertu, et cache légèrement leurs défauts ; mais avec un peu d’attention, on en découvre aussi aisément l’artifice que celui de leurs fausses richesses.
(Lettre XX)
Lettres d'une Péruvienne
Je n’ai ni or, ni terres, ni adresse, je fais nécessairement partie des citoyens de cette ville. Ô ciel ! dans quelle classe dois-je me ranger ?
(Lettre XX)
Lettres d'une Péruvienne
Sans avoir de l’or, il est impossible d’acquérir une portion de cette terre que la nature a donnée à tous les hommes. Sans posséder ce qu’on appelle du bien, il est impossible d’avoir de l’or, et par une inconséquence qui blesse les lumières naturelles, et qui impatiente la raison, cette nation insensée attache de la honte à recevoir de tout autre que du souverain, ce qui est nécessaire au soutien de sa vie et de son état : ce souverain répand ses libéralités sur un si petit nombre de ses sujets, en comparaison de la quantité des malheureux, qu’il y aurait autant de folie à prétendre y avoir part, que d’ignominie à se délivrer par la mort de l’impossibilité de vivre sans honte.
(Lettre XX)
Lettres d'une Péruvienne
Les malheurs des nobles en général naissent des difficultés qu’ils trouvent à concilier leur magnificence apparente avec leur misère réelle.
(Lettre XX)
Lettres d'une Péruvienne
Jusqu’ici, mon cher Aza, toute occupée des peines de mon cœur, je ne t’ai point parlé de celles de mon esprit ; cependant elles ne sont guère moins cruelles. J’en éprouve une d’un genre inconnu parmi nous, et que le génie inconséquent de cette nation pouvait seul inventer.
(Lettre XX)
Lettres d'une Péruvienne
Hélas ! je prends peut-être des peines inutiles, peut-être ne sauras-tu jamais que je n’ai vécu que pour toi. Cette horrible pensée affaiblit mon courage, sans rompre le dessein que j’ai de continuer à t’écrire. Je conserve mon illusion pour te conserver ma vie, j’écarte la raison barbare qui voudrait m’éclairer ; si je n’espérais te revoir, je périrais, mon cher Aza, j’en suis certaine ; sans toi la vie m’est un supplice.
(Lettre XIX)
Lettres d'une Péruvienne
Il ne me reste que la seule et pénible satisfaction de couvrir ce papier des expressions de ma tendresse, puisqu’il est le seul témoin docile des sentiments de mon cœur.
(Lettre XIX)
Lettres d'une Péruvienne
Confidente perpétuelle des siennes, je l’écoute sans ennui, je la plains sans effort, je la console avec amitié ; et si ma tendresse réveillée par la peinture de la sienne, me fait chercher à soulager l’oppression de mon cœur, en prononçant seulement ton nom, l’impatience et le mépris se peignent sur son visage, elle me conteste ton esprit, tes vertus, et jusqu’à ton amour.
(Lettre XIX)
Lettres d'une Péruvienne
Céline résiste de tout son pouvoir au sacrifice que l’on exige d’elle ; son courage est soutenu par des lettres de son amant, que je reçois de mon maître à écrire, et que je lui rends ; cependant son chagrin apporte tant d’altération dans son caractère, que loin d’avoir pour moi les mêmes bontés qu’elle avait avant que je parlasse sa langue, elle répand sur notre commerce une amertume qui aigrit mes peines.
(Lettre XIX)
Lettres d'une Péruvienne
J’en versai bien des larmes.
(Lettre XIX)
Lettres d'une Péruvienne
Le principal événement de ma vie a été le départ de Déterville.
Depuis un espace de temps que l’on nomme six mois, il est allé faire la guerre pour les intérêts de son souverain. Lorsqu’il partit, j’ignorais encore l’usage de sa langue ; cependant à la vive douleur qu’il fit paraître en se séparant de sa sœur et de moi, je compris que nous le perdions pour longtemps.
(Lettre XIX)
Lettres d'une Péruvienne
Il arrive souvent qu’après avoir beaucoup écrit, je ne puis deviner moi-même ce que j’ai cru exprimer.
(Lettre XIX)
Lettres d'une Péruvienne
Je ne vivais que dans l’avenir, le présent ne me paraissait plus digne d’être compté. Toutes mes pensées n’étaient que des désirs, toutes mes réflexions que des projets, tous mes sentiments que des espérances.
(Lettre XVIII)
Lettres d'une Péruvienne
Je ne sais plus que penser du génie de cette nation, mon cher Aza. Il parcourt les extrêmes avec tant de rapidité, qu’il faudrait être plus habile que je ne le suis pour asseoir un jugement sur son caractère.
(Lettre XVII)
Lettres d'une Péruvienne
Mais, peut-être a-t-on besoin ici de l’horreur du vice pour conduire à la vertu ; cette pensée me vient sans la chercher, si elle était juste, que je plaindrais cette nation ! La nôtre plus favorisée de la nature, chérit le bien par ses propres attraits ; il ne nous faut que des modèles de vertu pour devenir vertueux, comme il ne faut que t’aimer pour devenir aimable.
(Lettre XVI)
Lettres d'une Péruvienne
Les apparences sont plus variées dans les hommes. Quelques-uns ont l’air de penser ; mais en général je soupçonne cette nation de n’être point telle qu’elle paraît ; l’affectation me paraît son caractère dominant.
(Lettre XVI)
Lettres d'une Péruvienne
Toutes les femmes se ressemblent, elles ont toujours les mêmes manières, et je crois qu’elles disent toujours les mêmes choses.
(Lettre XVI)
Lettres d'une Péruvienne
Dans les commencements, en excitant la curiosité des autres, j’amusais la mienne ; mais quand on ne peut faire usage que des yeux, ils sont bientôt satisfaits.
(Lettre XVI)
Lettres d'une Péruvienne
Le cacique m’a amené un sauvage de cette contrée qui vient tous les jours me donner des leçons de sa langue, et de la méthode de donner une sorte d’existence aux pensées. Cela se fait en traçant avec une plume des petites figures que l’on appelle lettres, sur une matière blanche et mince que l’on nomme papier ; ces figures ont des noms, ces noms mêlés ensemble représentent les sons des paroles ; mais ces noms et ces sons me paraissent si peu distincts les uns des autres, que si je réussis un jour à les entendre, je suis bien assurée que ce ne sera pas sans beaucoup de peines.
(Lettre XVI)
Lettres d'une Péruvienne
Je goûtais une volupté délicate à conserver le souvenir des plus secrets mouvements de mon cœur pour t’en offrir l’hommage.
(Lettre XVI)
Lettres d'une Péruvienne
Toi seul réunis toutes les perfections que la nature a répandues séparément sur les humains, comme elle a rassemblé dans mon cœur tous les sentiments de tendresse et d’admiration qui m’attachent à toi jusqu’à la mort.
(Livre XIV)
Lettres d'une Péruvienne
Dans les différentes contrées que j’ai parcourues, je n’ai point vu des sauvages si orgueilleusement familiers que ceux-ci. Les femmes surtout me paraissent avoir une bonté méprisante qui révolte l’humanité et qui m’inspirerait peut-être autant de mépris pour elles qu’elles en témoignent pour les autres, si je les connaissais mieux.
(Livre XIV)
Lettres d'une Péruvienne
La compagnie de l’un et de l’autre m’était si agréable que je ne m’aperçus point qu’il était jour avant qu’ils me quittassent.
(Livre XIII)
Lettres d'une Péruvienne
Elle se jeta sur mon lit, et par mille caresses elle semblait vouloir réparer le mauvais traitement qu’elle m’avait fait.
(Livre XIII)
Lettres d'une Péruvienne
Les marques d’affection de cette jeune fille adoucirent ma peine : je lui contais mes chagrins comme si elle eût pu m’entendre, je lui faisais mille questions, comme si elle eût pu y répondre ; ses larmes parlaient à mon cœur, les miennes continuaient à couler, mais elles avoient moins d’amertume.
(Livre XIII)
Lettres d'une Péruvienne
Quand on se croit réduit à la pitié de soi-même, celle des autres nous est bien précieuse.
(Livre XIII)
Lettres d'une Péruvienne
Quoique je n’entendisse rien de ce qu’elle me disait, ses yeux pleins de bonté me parlaient le langage universel des cœurs bienfaisants ; ils m’inspiraient la confiance et l’amitié : j’aurais voulu lui témoigner mes sentiments ; mais ne pouvant m’exprimer selon mes désirs, je prononçai tout ce que je savais de sa langue.
(Lettre XIII)
Lettres d'une Péruvienne
Me voici enfin, mon cher Aza, dans une ville nommée Paris, c’est le terme de notre voyage, mais selon les apparences, ce ne sera pas celui de mes chagrins.
(Lettre XIII)
Lettres d'une Péruvienne
Témoin de mes tendres pensées, je t’aurais fait trouver dans les sentiments de mon cœur des charmes encore plus touchants que tous ceux des beautés de l’univers.
(Lettre XII)
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