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Lettres d'une Péruvienne
Les sanglots étouffèrent sa voix, il se hâta de cacher les larmes qui couvraient son visage, j’en répandais moi-même : aussi touchée de sa générosité que de sa douleur, je pris une de ses mains que je serrai dans les miennes ; non, lui dis-je, vous ne partirez point. Laissez-moi mon ami, contentez-vous des sentiments que j’aurai toute ma vie pour vous ; je vous aime presqu’autant que j’aime Aza, mais je ne puis jamais vous aimer comme lui.
(Lettre XXIX)
Lettres d'une Péruvienne
Ma chère Zilia, s’écria-t-il en me baisant la main avec ardeur, que vos bontés et votre franchise redoublent mes regrets ! quel trésor que la possession d’un cœur tel que le vôtre ! mais avec quel désespoir vous m’en faites sentir la perte ! Puissante Zilia, continua-t-il, quel pouvoir est le vôtre ! n’était-ce point assez de me faire passer de la profonde indifférence à l’amour excessif, de l’indolence à la fureur, faut-il encore me vaincre ? Le pourrai-je ?
(Lettre XXIX)
Lettres d'une Péruvienne
Ma chère Zilia, s’écria-t-il en me baisant la main avec ardeur, que vos bontés et votre franchise redoublent mes regrets ! quel trésor que la possession d’un cœur tel que le vôtre ! mais avec quel désespoir vous m’en faites sentir la perte !
(Lettre XXIX)
Lettres d'une Péruvienne
Combien de motifs pour vous chérir ! jusqu’à la noblesse de votre figure, tout me plaît en vous : l’amitié a des yeux aussi-bien que l’amour. Autrefois après un moment d’absence, je ne vous voyais pas revenir sans qu’une sorte de sérénité ne se répandît dans mon cœur ; pourquoi avez-vous changé ces innocents plaisirs en peines et en contraintes ? Votre raison ne paraît plus qu’avec effort. J’en crains sans cesse les écarts. Les sentiments dont vous m’entretenez, gênent l’expression des miens, ils me privent du plaisir de vous peindre sans détour les charmes que je goûterais dans votre amitié, si vous n’en troubliez la douceur. Vous m’ôtez jusqu’à la volupté délicate de regarder mon bienfaiteur, vos yeux embarrassent les miens, je n’y remarque plus cette agréable tranquillité qui passait quelquefois jusqu’à mon âme : je n’y trouve qu’une morne douleur qui me reproche sans cesse d’en être la cause. Ah, Déterville ! que vous êtes injuste, si vous croyez souffrir seul !
(Lettre XXIX)
Lettres d'une Péruvienne
Votre douceur et votre bonté me firent désirer dès lors de gagner votre amitié, à mesure que j’ai démêlé votre caractère.
(Lettre XXIX)
Lettres d'une Péruvienne
Combien j’aurais de reproches à vous faire, si vous n’étiez pas tant à plaindre !
(Lettre XXIX)
Lettres d'une Péruvienne
Hélas ! interrompit-il encore, que la reconnaissance est peu flatteuse pour un cœur malheureux ! Compagne de l’indifférence, elle ne s’allie que trop souvent avec la haine.
(Lettre XXIX)
Lettres d'une Péruvienne
Importuné du tumulte, je venais jouir en paix de ma douleur. Je vous ai aperçue, j’ai combattu avec moi-même pour m’éloigner de vous, mais je suis trop malheureux pour l’être sans relâche ; par pitié pour moi je me suis approché, j’ai vu couler vos larmes, je n’ai plus été le maître de mon cœur, cependant si vous m’ordonnez de vous fuir, je vous obéirai.
(Lettre XXIX)
Lettres d'une Péruvienne
Céline, toute occupée de son nouvel époux, ne m’est d’aucun secours, le reste de la compagnie ne m’est point agréable ; ainsi, seule au milieu d’une assemblée tumultueuse, je n’ai d’amusement que mes pensées, elles sont toutes à toi, mon cher Aza ; tu seras à jamais le seul confident de mon cœur, de mes plaisirs, et de mon bonheur.
(Lettre XXVIII)
Lettres d'une Péruvienne
Je sens un désir violent de l’obliger à me parler, et la crainte de réveiller ses plaintes et ses regrets, me retient.
(Lettre XXVIII)
Lettres d'une Péruvienne
Le penchant des François les porte si naturellement aux extrêmes, que Déterville, quoiqu’exempt d’une grande partie des défauts de sa nation, participe néanmoins à celui-là.
(Lettre XXVIII)
Lettres d'une Péruvienne
Les jeunes hommes, qui sont ici en grand nombre, se sont d’abord empressés à me suivre jusqu’à ne paraître occupés que de moi ; mais soit que la froideur de ma conversation les ait ennuyés, ou que mon peu de goût pour leurs agréments les ait dégoûtés de la peine qu’ils prenaient à les faire valoir, il n’a fallu que deux jours pour les déterminer à m’oublier, bientôt ils m’ont délivrée de leur importune préférence.
(Lettre XXVIII)
Lettres d'une Péruvienne
Les divertissements de ce pays me paraissent aussi peu naturels, aussi affectés que les mœurs. Ils consistent dans une gaieté violente, exprimée par des ris éclatants, auxquels l’âme paraît ne prendre aucune part : dans des jeux insipides dont l’or fait tout le plaisir, ou bien dans une conversation si frivole et si répétée, qu’elle ressemble bien davantage au gazouillement des oiseaux qu’à l’entretien d’une assemblée d’êtres pensants.
(Lettre XXVIII)
Lettres d'une Péruvienne
Loin que la joie et les plaisirs dont tout le monde paraît enivré, me dissipent et m’amusent, ils me rappellent avec plus de regret les jours paisibles que je passais à t’écrire, ou tout au moins à penser à toi.
(Lettre XXVIII)
Lettres d'une Péruvienne
Je goûtai enfin le délicieux plaisir de donner.
(Lettre XXVII)
Lettres d'une Péruvienne
Je reconnus dans mon action plus d’orgueil et de vengeance que de générosité. Que les vices sont près des vertus ! J’avouai ma faute, j’en demandai pardon à Céline ; mais je souffrais trop de la contrainte qu’elle voulait m’imposer pour n’y pas chercher de l’adoucissement.
(Lettre XXVII)
Lettres d'une Péruvienne
Rappelez votre équité si vous voulez en inspirer aux autres.
(Lettre XXVII)
Lettres d'une Péruvienne
Je l’avoue en rougissant, mon cher Aza, je sentis moins alors la générosité de Déterville, que le plaisir de lui donner des preuves de la mienne.
(Lettre XXVII)
Lettres d'une Péruvienne
Ces trésors sont à vous, belle Zilia, puisque je les ai trouvés sur le vaisseau qui vous portait. Quelques discussions arrivées entre les gens de l’équipage m’ont empêché jusqu’ici d’en disposer librement. Je voulais vous les présenter moi-même, mais les inquiétudes que vous avez témoignées ce matin à ma sœur, ne me laissent plus le choix du moment. Je ne saurais trop tôt dissiper vos craintes, je préférerai toute ma vie votre satisfaction à la mienne.
(Lettre XXVII)
Lettres d'une Péruvienne
Ouvrez, Zilia, ouvrez sans vous effaroucher, c’est de la part d’Aza.
(Lettre XXVII)
Lettres d'une Péruvienne
Il nous siérait mal de faire les magnifiques avec vous, vous le connaîtrez dans peu.
(Lettre XXVII)
Lettres d'une Péruvienne
Quel qu’en soit le motif, nous sommes toujours redevables à ceux qui nous font éprouver un sentiment doux.
(Lettre XXVII)
Lettres d'une Péruvienne
D’un autre côté, Déterville m’a assuré qu’il nous était à jamais impossible de revoir la ville du Soleil. Après le séjour de notre patrie, en est-il un plus agréable que celui de la France ? Il te plaira, mon cher Aza, quoique la sincérité en soit bannie ; on y trouve tant d’agréments, qu’ils font oublier les dangers de la société.
(Lettre XXVI)
Lettres d'une Péruvienne
Déterville a écrit devant moi au ministre d’Espagne. Il le presse de te faire partir, il lui indique les moyens de te faire conduire ici avec une générosité qui me pénètre de reconnaissance et d’admiration.
(Lettre XXVI)
Lettres d'une Péruvienne
Le temps est trop cher pour le prodiguer sans nécessité.
(Lettre XXVI)
Lettres d'une Péruvienne
Bientôt réunie à mon bien, à mon être, à mon tout, je ne penserai plus que par toi, je ne vivrai que pour t’aimer.
(Lettre XXV)
Lettres d'une Péruvienne
Quoi qu’il en soit, mon cœur est sous tes lois ; soumise à tes lumières, j’adopterai aveuglement tout ce qui pourra nous rendre inséparables.
(Lettre XXV)
Lettres d'une Péruvienne
Qu’il est doux, après tant de peines, de s’abandonner à la joie !
(Lettre XXV)
Lettres d'une Péruvienne
Je te l’avoue, mon cher Aza, quoique Déterville me soit cher, quoique je fusse pénétrée de sa douleur, j’avais trop d’impatience de jouir en paix de ma félicité, pour n’être pas bien aise qu’il se retirât.
(Lettre XXV)
Lettres d'une Péruvienne
Vous flétrissez mon âme en la forçant d’être ingrate ; vous désolez mon cœur par une sensibilité infructueuse. Au nom de l’amitié, ne ternissez pas une générosité sans exemple par un désespoir qui ferait l’amertume de ma vie sans vous rendre heureux. Ne condamnez point en moi le même sentiment que vous ne pouvez surmonter, ne me forcez pas à me plaindre de vous, laissez-moi chérir votre nom, le porter au bout du monde, et le faire révérer à des peuples adorateurs de la vertu.
(Lettre XXV)
Lettres d'une Péruvienne
Quoi ! Zilia, s’écria-t-il, vous voulez nous quitter ! Ah ! je n’étais point préparé à cette funeste résolution, je manque de courage pour la soutenir. J’en avais assez pour vous voir ici dans les bras de mon rival. L’effort de ma raison, la délicatesse de mon amour m’avaient affermi contre ce coup mortel ; je l’aurais préparé moi-même, mais je ne puis me séparer de vous, je ne puis renoncer à vous voir ; non, vous ne partirez point, continua-t-il avec emportement, n’y comptez pas, vous abusez de ma tendresse, vous déchirez sans pitié un cœur perdu d’amour. Zilia, cruelle Zilia ; voyez mon désespoir, c’est votre ouvrage. Hélas ! de quel prix payez-vous l’amour le plus pur !
(Lettre XXV)
Lettres d'une Péruvienne
Mon bonheur, lui dis-je, ne sera jamais sans mélange, puisque je ne puis concilier les devoirs de l’amour avec ceux de l’amitié.
(Lettre XXV)
Lettres d'une Péruvienne
Je cherchais des termes qui exprimassent la vérité de mon cœur sans offenser la sensibilité du sien, je ne les trouvais pas, il fallait parler.
(Lettre XXV)
Lettres d'une Péruvienne
Cette admirable lettre est écrite par un homme qui te connaît, qui te voit, qui te parle ; peut-être tes regards ont-ils été attachés un moment sur ce précieux papier ? Je ne pouvais en arracher les miens ; je n’ai retenu qu’à peine des cris de joie prêts à m’échapper, les larmes de l’amour inondaient mon visage.
(Lettre XXV)
Lettres d'une Péruvienne
Voici, continua-t-il, une lettre de ce parent dont on vous a parlé : en vous apprenant le sort d’Aza, elle vous prouvera mieux que tous mes serments, quel est l’excès de mon amour, et tout de suite il m’en fit la lecture. Ah ! mon cher Aza, ai-je pu l’entendre sans mourir de joie ? Elle m’apprend que tes jours sont conservés, que tu es libre, que tu vis sans péril à la Cour d’Espagne. Quel bonheur inespéré !
(Lettre XXV)
Lettres d'une Péruvienne
Je ne vous aurais pas obligée à me voir, si je ne vous apportais autant de joie que vous me causez de douleurs. Est-ce trop exiger, qu’un moment de votre vue, pour récompense du cruel sacrifice que je vous fais ?
(Lettre XXV)
Lettres d'une Péruvienne
Que la prudence est quelquefois nuisible, mon cher Aza ! j’ai résisté longtemps aux puissantes instances que Déterville m’a fait faire de lui accorder un moment d’entretien. Hélas ! je fuyais mon bonheur.
(Lettre XXV)
Lettres d'une Péruvienne
Jusqu’ici, au milieu des orages, je jouissais de la faible satisfaction de vivre en paix avec moi-même : aucune tache ne souillait la pureté de mon âme ; aucun remords ne la troublait ; à présent je ne puis penser, sans une sorte de mépris pour moi-même, que je rends malheureuses deux personnes auxquelles je dois la vie ; que je trouble le repos dont elles jouiraient sans moi, que je leur fais tout le mal qui est en mon pouvoir, et cependant je ne puis ni ne veux cesser d’être criminelle. Ma tendresse pour toi triomphe de mes remords. Aza, que je t’aime !
(Lettre XXIV)
Lettres d'une Péruvienne
Déterville désintéressé par lui-même, se donne des peines infinies pour tirer Céline de l’oppression. Il semble que son malheur redouble son amitié pour elle ; outre qu’il vient la voir tous les jours, il lui écrit soir et matin ; ses lettres sont remplies de si tendres plaintes contre moi, de si vives inquiétudes sur ma santé, que quoique Céline affecte, en me les lisant, de ne vouloir que m’instruire du progrès de leurs affaires, je démêle aisément le motif du prétexte.
Je ne doute pas que Déterville ne les écrive, afin qu’elles me soient lues ; néanmoins je suis persuadée qu’il s’en abstiendrait, s’il était instruit des reproches sanglants dont cette lecture est suivie. Ils font leur impression sur mon cœur. La tristesse me consume.
(Lettre XXIV)
Lettres d'une Péruvienne
L’extrême amitié qu’elle a pour son frère l’indispose contre moi, elle me reproche sans cesse de le rendre malheureux ; la honte de paraître ingrate m’intimide, les bontés affectées de Céline me gênent, mon embarras la contraint, la douceur et l’agrément sont bannis de notre commerce.
(Lettre XXIV)
Lettres d'une Péruvienne
Retirée dans ma chambre, j’y suis restée un jour sans oser paraître, sans avoir eu de nouvelles de personne, et dans un désordre d’esprit qui ne me permettait pas même de t’écrire.
(Lettre XXIII)
Lettres d'une Péruvienne
Je serai le seul malheureux. Vous connaîtrez ce cœur que vous dédaignez ; vous verrez de quels efforts est capable un amour tel que le mien, et je vous forcerai au moins à me plaindre.
(Lettre XXIII)
Lettres d'une Péruvienne
Eh bien, lui dis-je enfin, je ne le verrai plus, mais je n’en vivrai pas moins pour lui ; si votre amitié est assez généreuse pour nous procurer quelque correspondance, cette satisfaction suffira pour me rendre la vie moins insupportable, et je mourrai contente, pourvu que vous me promettiez de lui faire savoir que je suis morte en l’aimant.
(Lettre XXIII)
Lettres d'une Péruvienne
De quel sang froid vous m’assassinez, s’écria-t-il ! Ah Zilia ! que je vous aime, puisque j’adore jusqu’à votre cruelle franchise. Eh bien, continua-t-il après avoir gardé quelques moments le silence, mon amour surpassera votre cruauté. Votre bonheur m’est plus cher que le mien. Parlez-moi avec cette sincérité qui me déchire sans ménagement.
(Lettre XXIII)
Lettres d'une Péruvienne
— Eh bien, Zilia, me dit-il, si ma vie vous est chère, ordonnez donc que je vive ?
— Que faut-il faire ? lui dis-je.
— M’aimer, répondit-il, comme vous aimiez Aza.
— Je l’aime toujours de même, lui répliquai-je, et je l’aimerai jusqu’à la mort : je ne sais, ajoutai-je, si vos lois vous permettent d’aimer deux objets de la même manière, mais nos usages et mon cœur nous le défendent. Contentez-vous des sentiments que je vous promets, je ne puis en avoir d’autres, la vérité m’est chère, je vous la dis sans détour.
(Lettre XXIII)
Lettres d'une Péruvienne
— Ah, Zilia ! si vous n’êtes point touchée d’un respect si tendre, je vous fuirai ; mais je le sens, ma mort sera le prix du sacrifice.
— Votre mort ! m’écriai-je (pénétrée de la douleur sincère dont je le voyais accablé) hélas ! quel sacrifice ! Je ne sais si celui de ma vie ne me serait pas moins affreux.
(Lettre XXIII)
Lettres d'une Péruvienne
Vous savez, Zilia, si je l’ai respecté cet objet de mon adoration ? Que ne m’en a-t-il pas couté pour résister aux occasions séduisantes que m’offrait la familiarité d’une longue navigation. Combien de fois votre innocence vous aurait-elle livrée à mes transports, si je les eusse écoutés ? Mais loin de vous offenser, j’ai poussé la discrétion jusqu’au silence ; j’ai même exigé de ma sœur qu’elle ne vous parlerait pas de mon amour ; je n’ai rien voulu devoir qu’à vous-même.
(Lettre XXIII)
Lettres d'une Péruvienne
Né tendre, paresseux, ennemi de l’artifice, les peines qu’il aurait fallu me donner pour pénétrer le cœur des femmes, et la crainte de n’y pas trouver la franchise que j’y désirais, ne m’ont laissé pour elles qu’un goût vague ou passager ; j’ai vécu sans passion jusqu’au moment où je vous ai vue ; votre beauté me frappa, mais son impression aurait peut-être été aussi légère que celle de beaucoup d’autres, si la douceur et la naïveté de votre caractère ne m’avaient présenté l’objet que mon imagination m’avait si souvent composé.
(Lettre XXIII)
Lettres d'une Péruvienne
— Par quelle raison auriez-vous pour moi les sentiments dont vous parlez ?
— En faut-il d’autres que vos charmes et mon caractère, me répliqua-t-il, pour m’attacher à vous jusqu’à la mort ?
(Lettre XXIII)
Lettres d'une Péruvienne
Ah, Zilia ! me répondit-il, que vos termes s’affaiblissent, que votre ton se refroidit !
(Lettre XXIII)
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