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Citations

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Lettres d'une Péruvienne
Je dois une partie de ces connaissances à une sorte d’écriture que l’on appelle livre ; quoique je trouve encore beaucoup de difficultés à comprendre ce qu’ils contiennent, ils me sont fort utiles, j’en tire des notions.
(Livre XX)
Lettres d'une Péruvienne
Ce que je vois, ce que j’apprends des gens de ce pays me donne en général de la défiance de leurs paroles ; leurs vertus, mon cher Aza, n’ont pas plus de réalité que leurs richesses. Les meubles que je croyais d’or, n’en ont que la superficie, leur véritable substance est de bois ; de même ce qu’ils appellent politesse a tous les dehors de la vertu, et cache légèrement leurs défauts ; mais avec un peu d’attention, on en découvre aussi aisément l’artifice que celui de leurs fausses richesses.
(Lettre XX)
Lettres d'une Péruvienne
Je n’ai ni or, ni terres, ni adresse, je fais nécessairement partie des citoyens de cette ville. Ô ciel ! dans quelle classe dois-je me ranger ?
(Lettre XX)
Lettres d'une Péruvienne
Sans avoir de l’or, il est impossible d’acquérir une portion de cette terre que la nature a donnée à tous les hommes. Sans posséder ce qu’on appelle du bien, il est impossible d’avoir de l’or, et par une inconséquence qui blesse les lumières naturelles, et qui impatiente la raison, cette nation insensée attache de la honte à recevoir de tout autre que du souverain, ce qui est nécessaire au soutien de sa vie et de son état : ce souverain répand ses libéralités sur un si petit nombre de ses sujets, en comparaison de la quantité des malheureux, qu’il y aurait autant de folie à prétendre y avoir part, que d’ignominie à se délivrer par la mort de l’impossibilité de vivre sans honte.
(Lettre XX)
Lettres d'une Péruvienne
Les malheurs des nobles en général naissent des difficultés qu’ils trouvent à concilier leur magnificence apparente avec leur misère réelle.
(Lettre XX)
Lettres d'une Péruvienne
Jusqu’ici, mon cher Aza, toute occupée des peines de mon cœur, je ne t’ai point parlé de celles de mon esprit ; cependant elles ne sont guère moins cruelles. J’en éprouve une d’un genre inconnu parmi nous, et que le génie inconséquent de cette nation pouvait seul inventer.
(Lettre XX)
Lettres d'une Péruvienne
Hélas ! je prends peut-être des peines inutiles, peut-être ne sauras-tu jamais que je n’ai vécu que pour toi. Cette horrible pensée affaiblit mon courage, sans rompre le dessein que j’ai de continuer à t’écrire. Je conserve mon illusion pour te conserver ma vie, j’écarte la raison barbare qui voudrait m’éclairer ; si je n’espérais te revoir, je périrais, mon cher Aza, j’en suis certaine ; sans toi la vie m’est un supplice.
(Lettre XIX)
Lettres d'une Péruvienne
Il ne me reste que la seule et pénible satisfaction de couvrir ce papier des expressions de ma tendresse, puisqu’il est le seul témoin docile des sentiments de mon cœur.
(Lettre XIX)
Lettres d'une Péruvienne
Confidente perpétuelle des siennes, je l’écoute sans ennui, je la plains sans effort, je la console avec amitié ; et si ma tendresse réveillée par la peinture de la sienne, me fait chercher à soulager l’oppression de mon cœur, en prononçant seulement ton nom, l’impatience et le mépris se peignent sur son visage, elle me conteste ton esprit, tes vertus, et jusqu’à ton amour.
(Lettre XIX)
Lettres d'une Péruvienne
Céline résiste de tout son pouvoir au sacrifice que l’on exige d’elle ; son courage est soutenu par des lettres de son amant, que je reçois de mon maître à écrire, et que je lui rends ; cependant son chagrin apporte tant d’altération dans son caractère, que loin d’avoir pour moi les mêmes bontés qu’elle avait avant que je parlasse sa langue, elle répand sur notre commerce une amertume qui aigrit mes peines.
(Lettre XIX)
Lettres d'une Péruvienne
J’en versai bien des larmes.
(Lettre XIX)
Lettres d'une Péruvienne
Le principal événement de ma vie a été le départ de Déterville.
Depuis un espace de temps que l’on nomme six mois, il est allé faire la guerre pour les intérêts de son souverain. Lorsqu’il partit, j’ignorais encore l’usage de sa langue ; cependant à la vive douleur qu’il fit paraître en se séparant de sa sœur et de moi, je compris que nous le perdions pour longtemps.
(Lettre XIX)
Lettres d'une Péruvienne
Il arrive souvent qu’après avoir beaucoup écrit, je ne puis deviner moi-même ce que j’ai cru exprimer.
(Lettre XIX)
Lettres d'une Péruvienne
Je ne vivais que dans l’avenir, le présent ne me paraissait plus digne d’être compté. Toutes mes pensées n’étaient que des désirs, toutes mes réflexions que des projets, tous mes sentiments que des espérances.
(Lettre XVIII)
Lettres d'une Péruvienne
Je ne sais plus que penser du génie de cette nation, mon cher Aza. Il parcourt les extrêmes avec tant de rapidité, qu’il faudrait être plus habile que je ne le suis pour asseoir un jugement sur son caractère.
(Lettre XVII)
Lettres d'une Péruvienne
Mais, peut-être a-t-on besoin ici de l’horreur du vice pour conduire à la vertu ; cette pensée me vient sans la chercher, si elle était juste, que je plaindrais cette nation ! La nôtre plus favorisée de la nature, chérit le bien par ses propres attraits ; il ne nous faut que des modèles de vertu pour devenir vertueux, comme il ne faut que t’aimer pour devenir aimable.
(Lettre XVI)
Lettres d'une Péruvienne
Les apparences sont plus variées dans les hommes. Quelques-uns ont l’air de penser ; mais en général je soupçonne cette nation de n’être point telle qu’elle paraît ; l’affectation me paraît son caractère dominant.
(Lettre XVI)
Lettres d'une Péruvienne
Toutes les femmes se ressemblent, elles ont toujours les mêmes manières, et je crois qu’elles disent toujours les mêmes choses.
(Lettre XVI)
Lettres d'une Péruvienne
Dans les commencements, en excitant la curiosité des autres, j’amusais la mienne ; mais quand on ne peut faire usage que des yeux, ils sont bientôt satisfaits.
(Lettre XVI)
Lettres d'une Péruvienne
Le cacique m’a amené un sauvage de cette contrée qui vient tous les jours me donner des leçons de sa langue, et de la méthode de donner une sorte d’existence aux pensées. Cela se fait en traçant avec une plume des petites figures que l’on appelle lettres, sur une matière blanche et mince que l’on nomme papier ; ces figures ont des noms, ces noms mêlés ensemble représentent les sons des paroles ; mais ces noms et ces sons me paraissent si peu distincts les uns des autres, que si je réussis un jour à les entendre, je suis bien assurée que ce ne sera pas sans beaucoup de peines.
(Lettre XVI)
Lettres d'une Péruvienne
Je goûtais une volupté délicate à conserver le souvenir des plus secrets mouvements de mon cœur pour t’en offrir l’hommage.
(Lettre XVI)
Lettres d'une Péruvienne
Toi seul réunis toutes les perfections que la nature a répandues séparément sur les humains, comme elle a rassemblé dans mon cœur tous les sentiments de tendresse et d’admiration qui m’attachent à toi jusqu’à la mort.
(Livre XIV)
Lettres d'une Péruvienne
Dans les différentes contrées que j’ai parcourues, je n’ai point vu des sauvages si orgueilleusement familiers que ceux-ci. Les femmes surtout me paraissent avoir une bonté méprisante qui révolte l’humanité et qui m’inspirerait peut-être autant de mépris pour elles qu’elles en témoignent pour les autres, si je les connaissais mieux.
(Livre XIV)
Lettres d'une Péruvienne
La compagnie de l’un et de l’autre m’était si agréable que je ne m’aperçus point qu’il était jour avant qu’ils me quittassent.
(Livre XIII)
Lettres d'une Péruvienne
Elle se jeta sur mon lit, et par mille caresses elle semblait vouloir réparer le mauvais traitement qu’elle m’avait fait.
(Livre XIII)
Lettres d'une Péruvienne
Les marques d’affection de cette jeune fille adoucirent ma peine : je lui contais mes chagrins comme si elle eût pu m’entendre, je lui faisais mille questions, comme si elle eût pu y répondre ; ses larmes parlaient à mon cœur, les miennes continuaient à couler, mais elles avoient moins d’amertume.
(Livre XIII)
Lettres d'une Péruvienne
Quand on se croit réduit à la pitié de soi-même, celle des autres nous est bien précieuse.
(Livre XIII)
Lettres d'une Péruvienne
Quoique je n’entendisse rien de ce qu’elle me disait, ses yeux pleins de bonté me parlaient le langage universel des cœurs bienfaisants ; ils m’inspiraient la confiance et l’amitié : j’aurais voulu lui témoigner mes sentiments ; mais ne pouvant m’exprimer selon mes désirs, je prononçai tout ce que je savais de sa langue.
(Lettre XIII)
Lettres d'une Péruvienne
Me voici enfin, mon cher Aza, dans une ville nommée Paris, c’est le terme de notre voyage, mais selon les apparences, ce ne sera pas celui de mes chagrins.
(Lettre XIII)
Lettres d'une Péruvienne
Témoin de mes tendres pensées, je t’aurais fait trouver dans les sentiments de mon cœur des charmes encore plus touchants que tous ceux des beautés de l’univers.
(Lettre XII)
Lettres d'une Péruvienne
Une odeur agréable, mais indéterminée, laisse à peine discerner si elle affecte le goût ou l’odorat ; l’air même sans être aperçu, porte dans tout notre être une volupté pure qui semble nous donner un sens de plus, sans pouvoir en désigner l’organe.
(Lettre XII)
Lettres d'une Péruvienne
si les beautés du ciel et de la terre nous emportent loin de nous par un ravissement involontaire, celles des forêts nous y ramènent par un attrait intérieur, incompréhensible, dont la seule nature a le secret. En entrant dans ces beaux lieux, un charme universel se répand sur tous les sens et confond leur usage.
(Lettre XII)
Lettres d'une Péruvienne
À la fin d’un beau jour, le ciel n’offre pas un spectacle moins admirable que celui de la terre ; des nuées transparentes assemblées autour du soleil, teintes des plus vives couleurs, nous présentent de toutes parts des montagnes d’ombre et de lumière, dont le majestueux désordre attire notre admiration jusqu’à l’oubli de nous-mêmes.
(Lettre XII)
Lettres d'une Péruvienne
Les yeux sans se fatiguer parcourent, embrassent et se reposent tout à la fois sur une variété infinie d’objets admirables : on croit ne trouver de bornes à sa vue que celles du monde entier ; cette erreur nous flatte, elle nous donne une idée satisfaisante de notre propre grandeur, et semble nous rapprocher du créateur de tant de merveilles.
(Lettre XII)
Lettres d'une Péruvienne
Les campagnes immenses, qui se changent et se renouvellent sans cesse à des regards attentifs emportent l’âme avec plus de rapidité que l’on ne les traverse.
(Lettre XII)
Lettres d'une Péruvienne
Renfermée dans le temple dès ma plus tendre enfance, je ne connaissais pas les beautés de l’univers ; tout ce que je vois me ravit et m’enchante.
(Lettre XII)
Lettres d'une Péruvienne
De mon côté j’étais fort attentive à l’observer pour ne point blesser les usages d’une nation si peu instruite des nôtres.
(Lettre XI)
Lettres d'une Péruvienne
Je compris que je commettais une faute, si je sortais, et je me gardai bien de rien faire qui méritât le blâme que l’on me donnait sans sujet ; je restai donc, en portant toute mon attention sur ces femmes ; je crus démêler que la singularité de mes habits causait seule la surprise des unes et les ris offensants des autres, j’eus pitié de leur faiblesse ; je ne pensai plus qu’à leur persuader par ma contenance, que mon âme ne différait pas tant de la leur, que mes habillement de leurs parures.
(Lettre XI)
Lettres d'une Péruvienne
Nous entrâmes dans une chambre plus grande et plus ornée que celle que j’habite ; beaucoup de monde y était assemblé. L’étonnement général que l’on témoigna à ma vue me déplut, les ris excessifs que plusieurs jeunes filles s’efforçaient d’étouffer et qui recommençaient, lorsqu’elles levaient les yeux sur moi, excitaient dans mon cœur un sentiment si fâcheux, que je l’aurais pris pour de la honte, si je me fusse sentie coupable de quelque faute. Mais ne me trouvant qu’une grande répugnance à demeurer avec elles, j’allais retourner sur mes pas quand un signe de Déterville me retint.
(Lettre XI)
Lettres d'une Péruvienne
Cependant je ne puis encore juger de rien, mon esprit flotte toujours dans une mer d’incertitudes ; mon cœur seul inébranlable ne désire, n’espère, et n’attend qu’un bonheur sans lequel tout ne peut être que peines.
(Lettre X)
Lettres d'une Péruvienne
L’étonnement me tenait immobile les yeux attachés sur cette ombre, quand Déterville m’a fait remarquer sa propre figure à côté de celle qui occupait toute mon attention : je le touchais, je lui parlais, et je le voyais en même temps fort près et fort loin de moi.
(Lettre X)
Lettres d'une Péruvienne
En entrant dans la chambre où Déterville m’a logée, mon cœur a tressailli ; j’ai vu dans l’enfoncement une jeune personne habillée comme une vierge du Soleil ; j’ai couru à elle les bras ouverts. Quelle surprise, mon cher Aza, quelle surprise extrême, de ne trouver qu’une résistance impénétrable, où je voyais une figure humaine se mouvoir dans un espace fort étendu !
(Lettre X)
Lettres d'une Péruvienne
Je suis enfin arrivée à cette terre, l’objet de mes désirs, mon cher Aza, mais je n’y vois encore rien qui m’annonce le bonheur que je m’en étais promis, tout ce qui s’offre à mes yeux me frappe, me surprend, m’étonne, et ne me laisse qu’une impression vague, une perplexité stupide, dont je ne cherche pas même à me délivrer ; mes erreurs répriment mes jugements, je demeure incertaine, je doute presque de ce que je vois.
(Lettre X)
Lettres d'une Péruvienne
La lumière de mes jours dissipera en un moment les ténèbres qui m’environnent.
(Lettre IX)
Lettres d'une Péruvienne
Nous touchons à la terre.
(Lettre IX)
Lettres d'une Péruvienne
L’intelligence des langues serait-elle celle de l’âme ?
(Lettre IX)
Lettres d'une Péruvienne
De fâcheuses réflexions couvrent quelquefois de nuages ma plus chère espérance : je passe successivement de la crainte à la joie, et de la joie à l’inquiétude.
(Lettre IX)
Lettres d'une Péruvienne
Loin de me traiter en esclave, il semble être le mien.
(Lettre IX)
Lettres d'une Péruvienne
Je sais que le nom du cacique est Déterville, celui de notre maison flottante vaisseau, et celui de la terre où nous allons, France.
(Lettre IX)
Lettres d'une Péruvienne
Le temps ainsi que l’espace n’est connu que par ses limites.
(Lettre IX)
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