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Citations

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Le Dernier Jour d'un Condamné
Quoi que je fasse, elle est toujours là, cette pensée infernale, comme un spectre de plomb à mes côtés, seule et jalouse, chassant toute distraction, face à face avec moi misérable, et me secouant de ses deux mains de glace quand je veux détourner la tête ou fermer les yeux. Elle se glisse sous toutes les formes où mon esprit voudrait la fuir, se mêle comme un refrain horrible à toutes les paroles qu’on m’adresse, se colle avec moi aux grilles hideuses de mon cachot ; m’obsède éveillé, épie mon sommeil convulsif, et reparaît dans mes rêves sous la forme d’un couteau.
Le Dernier Jour d'un Condamné
Maintenant je suis captif. Mon corps est aux fers dans un cachot, mon esprit est en prison dans une idée. Une horrible, une sanglante, une implacable idée ! Je n’ai plus qu’une pensée, qu’une conviction, qu’une certitude : condamné à mort !
Le Dernier Jour d'un Condamné
Autrefois, car il me semble qu’il y a plutôt des années que des semaines, j’étais un homme comme un autre homme. Chaque jour, chaque heure, chaque minute avait son idée. Mon esprit, jeune et riche, était plein de fantaisies. Il s’amusait à me les dérouler les unes après les autres, sans ordre et sans fin, brodant d’inépuisables arabesques cette rude et mince étoffe de la vie. C’étaient des jeunes filles, de splendides chapes d’évêque, des batailles gagnées, des théâtres pleins de bruit et de lumière, et puis encore des jeunes filles et de sombres promenades la nuit sous les larges bras des marronniers. C’était toujours fête dans mon imagination. Je pouvais penser à ce que je voulais, j’étais libre.
Le Dernier Jour d'un Condamné
Condamné à mort !
Voilà cinq semaines que j’habite avec cette pensée, toujours seul avec elle, toujours glacé de sa présence, toujours courbé sous son poids !
Le Dernier Jour d'un Condamné
Il y a deux manières de se rendre compte de l’existence de ce livre. Ou il y a eu, en effet, une liasse de papiers jaunes et inégaux sur lesquels on a trouvé, enregistrées une à une, les dernières pensées d’un misérable ; ou il s’est rencontré un homme, un rêveur occupé à observer la nature au profit de l’art, un philosophe, un poète, que sais-je ? dont cette idée a été la fantaisie, qui l’a prise ou plutôt s’est laissé prendre par elle, et n’a pu s’en débarrasser qu’en la jetant dans un livre.
De ces deux explications, le lecteur choisira celle qu’il voudra.
Histoire de France
Si les lecteurs veulent bien le lui permettre, l’auteur de ce livre commencera par une confession. Quand il était au collège, il n’aimait pas beaucoup l’histoire. Elle lui inspirait de l’ennui.
Les Conséquences politiques de la paix
Nous souhaitons seulement à la troisième République, dans la voie nouvelle où l'ont introduite les événements, de ne pas finir par un contre-sens, comme la seconde avait fini.
Les Conséquences politiques de la paix
Par le seul fait qu'elle restait telle qu'elle était et qu'elle continuait à vivre dans les mêmes conditions, la France est devenue réactionnaire. Et elle est année naturellement dans le sens où elle était portée. Elle ne s'en rend pas toujours compte et l'un des plus beaux vers de notre language l'a dit : « Rarement un esprit ose être ce qu'il est. » Oserons-nous être ce que nous sommes ?
Les Conséquences politiques de la paix
Depuis que de vieux gouvernements monarchiques sont tombés pour laisser place au désordre, au chaos, à une sombre négation, depuis ce retour en arrière, sans précédent par la violence et par la rapidité, la position intellectuelle, morale et politique du peuple français a changé du tout au tout.
Les Conséquences politiques de la paix
Alors qu'il ne nous reste qu'à avancer dans la voie où la force des choses nous a mis, où elle a mis à leur insu des hommes qui ne soupçonnaient pas qu'ils étaient nés pour une réaction.
Les Conséquences politiques de la paix
On trouve surtout des alliances contre quelqu'un ou contre quelque chose.
Les Conséquences politiques de la paix
L'union, aujourd'hui, n'est plus qu'une union de circonstance. Elle est de courte durée. Une fois passé l'incident qui l'a fait renaître, chacun retourne à ses affaires et à ses idées. Les souvenirs de la guerre s'éloignent. Ils entrent dans les musées historiques.
Les Conséquences politiques de la paix
Pedetemptim, c'est la devise des forts et des sages. Brin à brin, nous organiserons le faisceau.
Les Conséquences politiques de la paix
Ces alliés, quels seront-ils ? Comment les trouverons-nous ? Il ne s'agit pas de mendier les alliances. On les obtient par la force et par le prestige qu'on possède, par les services qu'on peut rendre. On les obtient aussi par la conformité des intérêts.
Les Conséquences politiques de la paix
Mais, au milieu de ces orages européens, l'Allemagne elle-même n'échapperait sans doute pas à des secousses et à des crises. C'est là que la politique française devra pouvoir, sans entraves, aider et diriger les événements. Sa doctrine (et sans une doctrine, on n'a pas de politique), sa doctrine fondée sur l'expérience est qu'il n'y a pas de repos ni de sécurité en Europe si l'Allemagne reste forte, et rien n'empêchera qu'elle redevienne forte tant qu'elle sera unie et centralisée.
Les Conséquences politiques de la paix
Les orages prochains se chargeront de démontrer que rien ne sera fait tant que l'Allemagne conservera cette puissance politique qui engendre toute autre puissance et qui lui rendra tôt ou tard sa puissance militaire en dépit des interdictions.
Les Conséquences politiques de la paix
L'Empire britannique a des embarras réels qui sont la rançon de ses accroissements immodérés. Il souffre aussi pour sa part, et peut-être sans s'en rendre compte, d'avoir respecté ce qu'il eût fallu détruire et détruit ce qu'il eût mieux valu conserver.
Les Conséquences politiques de la paix
Notre armée est un capital national que nous ne devons pas gaspiller et, si nous le prêtons, ne prêter qu'à gros intérêts, c'est-à-dire seulement pour nos propres intérêts.
Les Conséquences politiques de la paix
La France, à grands frais, doit conserver une puissante armée parce qu'elle n'a pas, vis-à-vis de l'Allemagne, les sécurités indispensables.
Les Conséquences politiques de la paix
Le danger, à l'origine, n'apparaîtra qu'à des yeux très exercés et à des hommes très perspicaces. Les foules y resteront insensibles et les gouvernements seront tentés de les nier.
Les Conséquences politiques de la paix
Quant à une agression indirecte, celle dont serait victime un pays ami et solidaire du nôtre (pensons toujours à la Pologne, si découverte, si exposée), quant à une annexion, même sans violence (comme celle de l'Autriche), qui accroîtrait dangereusement le territoire et les forces de l'Allemagne : tous ces cas-là, dont nous aurions pourtant à supporter les répercussions si nous demeurions inertes, rentreraient dans la catégorie de ceux où, par notre intervention, nous serions considérés comme les provocateurs.
Les Conséquences politiques de la paix
La marche de l'Allemagne est tout indiquée. C'est par l'Est qu'elle commencera sa libération et sa revanche. Si nous n'intervenons pas délibérément le jour où elle essayera de reconstituer sa frontière orientale, si nous renouvelons la funeste abstention de Sadowa, alors, un an, dix ans ou vingt ans plus tard, le danger sera pour nous.
Les Conséquences politiques de la paix
Nous aurons à nous assurer contre une coalition germano-russe, éventuelle sans doute, mais qu'il sera plus prudent de considérer comme probable.
Les Conséquences politiques de la paix
Avec une régularité frappante, depuis le milieu du siècle dernier, chaque fois qu'un aspect de l'ancienne Europe a changé (et c'était toujours parce que nous l'avions voulu ou permis), la France a été la première à pâtir.
Les Conséquences politiques de la paix
En fait de prévision et d'action politique, il faut s'en tenir au précepte qu'a laissé un homme du dix-huitième siècle qui passait à tort pour léger : « Tout calculer et ne pas tout craindre ». Il faut se redire aussi avec Frédéric II qu'« il y a une sorte de fatalité, ou, à défaut de fatalité, des causes secondes qui tournent souvent les événements d'une manière que l'on ne peut ni concevoir ni prévoir ». À quoi Frédéric ajoutait : « Lorsqu'il se présente des circonstances favorables, il se fait une sorte d'éclaircie subite dont profitent les habiles. » C'est de ces circonstances favorables qu'il importe de se mettre à même de profiter.
Les Conséquences politiques de la paix
Mais si l'Allemagne continue à se consolider, ce sera encore par le gouvernement de Berlin et elle se retrouvera peu à peu dans un état sensiblement pareil à celui où elle était en 1914.
Les Conséquences politiques de la paix
À la guerre des nations, terrible mais organisée, il semblait qu'une autre guerre allait succéder, plus atroce, pour achever de détruire ce qui restait de l'ancienne société : la guerre sociale, la guerre pour le pain. Il n'y avait pas eu de peur pendant la vraie guerre. Il y eut de la terreur dans les quelques mois qui l'ont suivie, et cette terreur a donné de mauvais conseils. Elle a fait désirer que l'Allemagne se consolidât pour résister à la contagion du bolchévisme. L'Allemagne a résisté. Elle s'est consolidée. Et c'est alors qu'a commencé sa résistance : nous ne nous en trouvons pas mieux.
Les Conséquences politiques de la paix
Il y a eu un moment, pendant les mois qui ont suivi l'armistice, où le désordre a été tel, que les hommes ont pu croire que l'Europe entière allait sombrer. De partout montaient la famine et la révolution.
Les Conséquences politiques de la paix
Que les Italiens entrent en conflit avec les Yougo-Slaves, qu'ils s'allient avec eux par l'intermédiaire de l'Allemagne (car ce ne peut être, comme avec l'Autriche, que tout l'un ou l'autre, l'alliance ou le conflit), notre embarras sera égal, nous subirons les conséquences de la même façon. Cette Adriatique, la seule mer peut-être où nous n'ayons rien à faire, où nous n'ayons pas d'intérêts, l'amertume en reste à l'Italie et les orages pour nous.
Les Conséquences politiques de la paix
Des ennemis, partout des ennemis. Tel est l'état d'esprit que la paix a créé chez les Italiens.
Les Conséquences politiques de la paix
L'Autriche, qui n'était pas une nation mais un État, qu'on pouvait rogner, modeler, déplacer selon les besoins de l'heure, cette commode Autriche n'est plus. À sa place, des nations ont surgi. Et quand on taille dans la chair d'une nation, elle crie, elle résiste.
Les Conséquences politiques de la paix
Voilà un document à lire et à méditer aujourd’hui. Il faudrait pouvoir le relire quand un siècle aura passé.
Les Conséquences politiques de la paix
La Pologne a été restaurée au hasard. C’est un enfant mineur chargé de se conduire seul dans la vie. On n’a pas songé un instant qu’à une Pologne morte autrefois de la mauvaise qualité de ses institutions, il n’était pas donné des institutions meilleures. Une République de Pologne succède à la République de Pologne. À aucun point de vue, il n’était raisonnable de semer la démocratie parmi les peuples libérés de l’Europe centrale et orientale. Les résultats peuvent être rapidement funestes.
Les Conséquences politiques de la paix
L’artificiel, c’est le décret qui rend à un peuple l’indépendance sans lui donner les moyens de la garder et qui le met de prime abord en état d’infériorité vis-à-vis de ses ennemis-nés.
Les Conséquences politiques de la paix
L’histoire est d’une fatigante monotonie.
Les Conséquences politiques de la paix
Si les nouvelles nations vivent toutes, nous avons chance de voir, entre amis et ennemis d’hier, les alliances les plus bizarres et aussi les plus instables. On sait que le nombre des combinaisons d’un jeu de trente-deux cartes est presque infini, et l’Europe compte désormais trente-deux États entre lesquels les combinaisons pourront également varier à l’infini au gré des événements, des passions et des intérêts.
Les Conséquences politiques de la paix
La sécurité manque à tous ces pays dont la construction n’est ni naturelle ni rationnelle. La force leur manque également. Et quand des peuples ne se sentent ni forts ni sûrs, leur politique louvoie.
Éric Zemmour : Défaite française
Tout ça pour ça.
Bienvenue dans le XXIe siècle.
Éric Zemmour : Défaite française
Et sous un ciel intense, dont l'azur d'une lumière nouvelle étreint la ville, les rescapés de l'instant lèvent les yeux sur la beauté de l'effroi. Les tours jumelles du World Trade Center ont disparu.
Éric Zemmour : Défaite française
Il est 9 h 59, 11 septembre 2001 et le géant de verre et d'acier s'effondre sur lui-même. En quelques secondes, la tour sur du World Trade Center n'est plus qu'un amas de poussière gargantuesque qui s'abat à travers les rues de Manhattan, dans un nuage de mort.
Éric Zemmour : Défaite française
Un vrombissement assourdissant.
Les Conséquences politiques de la paix
Nous aurons les conséquences. Et nous les aurons tous. Elles viendront chercher l'ironiste et le philosophe. On ne sépare pas son sort de celui des nations. Ou bien on ne l'en sépare qu'à la condition de renoncer à soi-même pour se moquer du genre humain.
Les Conséquences politiques de la paix
On peut conclure à l'indifférence, à l'inutilité de tout. C'est bien si, pour son compte, on est résolu à endurer les suites de la sottise en se consolant de ce qu'il souffre par l'âcre plaisir que procure le spectacle de l'universelle insanité.
Les Conséquences politiques de la paix
Pour Macbeth mourant, Shakespeare adresse au monde son adieu et son mépris : « Une fable contée par un fou, avec un grand fracas de mots et de gestes, et qui ne signifie rien ». Voltaire a vu les hommes s'agiter. Il a écrit les annales de dix peuples. Il désespère d'expliquer. Il refuse d'encourager les politiques et les historiens : « Le gros du genre humain a été et sera toujours imbécile ; les plus insensés sont ceux qui ont voulu trouver un sens à ces fables absurdes et mettre de la raison dans la folie ». Shakespeare et Voltaire se rencontrent dans le dédain et dans la pitié. Rien n'instruit et rien n'améliore. L'expérience des pères est perdue pour les enfants. L'humanité tourne dans un cercle de douleurs.
Les Conséquences politiques de la paix
Grand est le nombre des hommes qui subissent, qui vivent, souffrent et meurent sans avoir interrogé. Petit le nombre de ceux qui cherchent à déchiffrer les causes pour lesquelles ils payent jusque dans leur chair.
Les Conséquences politiques de la paix
Cette Allemagne à qui il est défendu, justement défendu, pour des raisons d'intérêt européen, de compléter son unité par l'Anschluss, elle garde d'autre part cette unité, inachevée à ses yeux. Elle reste un centre d'attraction puissant pour la petite République de Vienne. L'accessoire est séparé du principal. Et l'accessoire est sans défense, réduit à une vie misérable et précaire.
Les Conséquences politiques de la paix
Mais les événements ne suivent jamais la voie qu'on leur assigne, surtout quand on veut que les choses soient autrement qu'elles ne sont, ce qui, disait Bossuet, est « le plus grand dérèglement de l'esprit. »
Les Conséquences politiques de la paix
De la défense passer à l'agression, il n'y a qu'un pas : les motifs sont les mêmes. La possession d'un bon instrument militaire donne fatalement l'envie de s'en servir.
Les Conséquences politiques de la paix
Quelle que soit l'immensité des événements (et il ne peut y en avoir qui dépassent ceux de la guerre universelle), il existe toujours un lien entre la situation qui suit un bouleversement politique et celle qui l'a précédé.
Les Conséquences politiques de la paix
Mille ans d'histoire avaient vu déjà bien des changements, bien des retournements de situation entre l'Empire germanique et la France. La période 1871-1914 a vu s'accomplir une expérience toute particulière. La France et l'Allemagne avaient achevé leur unité.
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