Je suis encore toute émue de notre entrevue d’hier ; j’ai été terriblement impressionnée en te voyant, en te causant ; j’en ai éprouvé un tel plaisir que j’ai été incapable de fermer l’œil cette nuit. Tu es admirable de conserver, malgré tes souffrances, une âme aussi vaillante, des sentiments aussi nobles, aussi élevés. Oui, il faut bien l’espérer, un jour viendra où la lumière sera faite, où ton innocence sera reconnue, où la France reconnaîtra son erreur et verra en toi un de ses plus braves, de ses plus nobles enfants. Tu auras encore du bonheur, nous passerons d’heureuses années ensemble ; toi, qui faisais tant de projets, qui rêvais de faire de ton fils un homme, tu auras encore cette joie. Il est bien bon, ton petit Pierre, et sa sœur est très gentille également. J’étais sévère pour eux, tu le sais, mais j’avoue que maintenant, tout en exigeant d’eux l’obéissance, je me laisse souvent aller à les gâter. Qu’ils profitent, ces pauvres petits, avant de connaître les tristesses de la vie…
(Chapitre V)