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DATE DE PUBLICATION ORIGINALE
1er janvier 1747
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105
DERNIÈRE MISE À JOUR
2025-11-28 23:45:14
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TYPE
Littérature
RÉSUMÉ
HISTOIRE
Lettre I
Lettre II
Lettre III
Lettre IV
Lettre V
Lettre VI
Lettre VII
Lettre VIII
Zilia voit la terre à travers une longue vue. Le voyage maritime s'achève bientôt.
Lettre IX
Lettre X
Zilia arrive enfin sur terre. Elle entre dans une maison et découvre avec stupeur une autre Inca, sans comprendre qu'il s'agit de son reflet dans un miroir.
Lettre XI
Lettre XII
Lettre XIII
Lettre XIV
Lettre XV
Lettre XVI
Lettre XVII
Lettre XVIII
Lettre XIX
Lettre XX
Lettre XXI
Lettre XXII
Lettre XXIII
Déterville avoue son amour pour Zilia.
Lettre XXIV
Lettre XXV
Lettre XXVI
Lettre XXVII
Lettre XXVIII
Lettre XXIX
Lettre XXX
Lettre XXXI
Lettre XXXII
Lettre XXXIII
Lettre XXXIV
Lettre XXXV
Lettre XXXVI
Lettre XXXVII
Lettre XXXVIII
ANECDOTES
Le livre est publié anonymement.
Quand Graffigny le sort en 1747, elle ne met pas son nom. Malgré ça, le livre devient immédiatement un best-seller du XVIIIᵉ siècle.
C’est l’un des premiers romans français à adopter le point de vue d’une femme étrangère.
Une Péruvienne qui observe la société française comme un laboratoire d’absurdités : Graffigny s’en sert pour démonter les mœurs françaises sans se faire accuser directement.
Le livre a rendu Graffigny plus célèbre que Voltaire sur un court laps de temps.
En 1747–1748, elle vend plus que lui. C’est rarissime pour une femme de l’époque.
Déterville n’était pas prévu comme “love interest” au départ.
Dans les brouillons retrouvés, la relation Zilia–Déterville était moins centrale. Graffigny l’a développée pour renforcer le dilemme moral et faire monter la tension romanesque.
Le roman a eu plus de 50 éditions en moins de 30 ans.
Un score énorme pour le XVIIIᵉ siècle. C’était un phénomène culturel.
Zilia est l’un des premiers personnages féminins européens à finir indépendante.
Pas d’homme, pas de mariage, pas de retour à l’ordre. Pour 1747, c’est radical. Certains lecteurs l’ont mal vécu, d’ailleurs.
Le roman a été piraté.
Dès sa sortie, des versions non autorisées ont circulé dans plusieurs pays — preuve du succès, mais aussi du fait que les éditeurs tentaient de profiter de l’engouement.
Il a inspiré des suites apocryphes.
Plusieurs écrivains ont publié des “lettres d’Aza à Zilia” ou des “nouvelles lettres” sans l’accord de Graffigny. Elle détestait ça.
PERSONNAGES
Dans l'ordre d'apparition :
Zilia
Jeune princesse inca, narratrice des lettres.
Aza
Son fiancé inca, resté au Pérou après l’enlèvement de Zilia.
Déterville
Officier français qui sauve Zilia et en tombe amoureux.
Céline
Sœur de Déterville, qui accueille Zilia dans la société française.
Madame
La mère de Déterville. Femme de la haute société parisienne qui reçoit Zilia un temps.
Les missionnaires / les Espagnols
Figures collectives responsables de la capture initiale de Zilia.
PHOTOS
Aucune photo.
CITATIONS
Les citations suivent scrupuleusement l'ordre chronologique de l'ouvrage.
Si la vérité, qui s’écarte du vraisemblable, perd ordinairement son crédit aux yeux de la raison, ce n’est pas sans retour ; mais pour peu qu’elle contrarie le préjugé, rarement elle trouve grâce devant son tribunal.
(Avertissement)
Que ne doit donc pas craindre l’éditeur de cet ouvrage, en présentant au public les lettres d’une jeune Péruvienne, dont le style et les pensées ont si peu de rapport à l’idée médiocrement avantageuse qu’un injuste préjugé nous a fait prendre de sa nation.
(Avertissement)
Enrichis par les précieuses dépouilles du Pérou, nous devrions au moins regarder les habitants de cette partie du monde, comme un peuple magnifique ; et le sentiment de respect ne s’éloigne guère de l’idée et de la magnificence.
(Avertissement)
Mais toujours prévenus en notre faveur, nous n’accordons du mérite aux autres nations, non seulement qu’autant que leurs mœurs imitent les nôtres, mais qu’autant que leur langue se rapproche de notre idiome.
Comment peut-on être Persan ?
(Avertissement)
Nous méprisons les Indiens ; à peine accordons-nous une âme pensante à ces peuples malheureux, cependant leur histoire est entre les mains de tout le monde ; nous y trouvons partout des monuments de la sagacité de leur esprit, & de la solidité de leur philosophie.
(Avertissement)
L’apologiste de l’humanité et de la belle nature a tracé le crayon des mœurs indiennes dans un poème dramatique, dont le sujet a partagé la gloire de l’exécution.
(Avertissement)
Avec tant de lumières répandues sur le caractère de ces peuples, il semble que l’on ne devrait pas craindre de voir passer pour une fiction des lettres originales, qui ne font que développer ce que nous connaissons déjà de l’esprit vif et naturel des Indiens ; mais le préjugé a-t-il des yeux ? Rien ne rassure contre son jugement, et l’on se serait bien gardé d’y soumettre cet ouvrage, si son empire était sans borne.
(Avertissement)
Il semble inutile d’avertir que les premières lettres de Zilia ont été traduites par elle-même : on devinera aisément, qu’étant composées dans une langue, et tracées d’une manière qui nous sont également inconnues, le recueil n’en serait pas parvenu jusqu’à nous, si la même main ne les eût écrites dans notre langue.
(Avertissement)
Nous devons cette traduction au loisir de Zilia dans sa retraite. La complaisance qu’elle a eu de les communiquer au chevalier Déterville, et la permission qu’il obtint enfin de les garder, les a fait passer jusqu’à nous.
(Avertissement)
Aza ! mon cher Aza ! les cris de ta tendre Zilia, tels qu’une vapeur du matin, s’exhalent et sont dissipés avant d’arriver jusqu’à toi ; en vain je t’appelle à mon secours ; en vain j’attends que ton amour vienne briser les chaînes de mon esclavage : hélas ! peut-être les malheurs que j’ignore sont-ils les plus affreux ! peut-être tes maux surpassent-ils les miens !
(Lettre première)
La ville du Soleil, livrée à la fureur d’une nation barbare, devrait faire couler mes larmes ; mais ma douleur, mes craintes, mon désespoir, ne sont que pour toi.
(Lettre première)
Qu’as-tu fait dans ce tumulte affreux, chère âme de ma vie ? Ton courage t’a-t-il été funeste ou inutile ? Cruelle alternative ! mortelle inquiétude ! ô, mon cher Aza ! que tes jours soient sauvés, et que je succombe, s’il le faut, sous les maux qui m’accablent !
(Lettre première)
Depuis le moment terrible (qui aurait dû être arraché de la chaîne du temps, et replongé dans les idées éternelles) depuis le moment d’horreur où ces sauvages impies m’ont enlevée au culte du Soleil, à moi-même, à ton amour ; retenue dans une étroite captivité, privée de toute communication, ignorant la langue de ces hommes féroces, je n’éprouve que les effets du malheur, sans pouvoir en découvrir la cause. Plongée dans un abîme d’obscurité, mes jours sont semblables aux nuits les plus effrayantes.
(Lettre première)
Loin d’être touchés de mes plaintes, mes ravisseurs ne le sont pas même de mes larmes ; sourds à mon langage, ils n’entendent pas mieux les cris de mon désespoir.
(Lettre première)
Quel est le peuple assez féroce pour n’être point ému aux signes de la douleur ? Quel désert aride a vu naître des humains insensibles à la voix de la nature gémissante ? Les Barbares !
(Lettre première)
Hélas ! que la mienne est changée ! comment se peut-il, que des jours si semblables entre eux, aient par rapport à nous de si funestes différences ? Le temps s’écoule ; les ténèbres succèdent à la lumière ; aucun dérangement ne s’aperçoit dans la nature ; et moi, du suprême bonheur, je suis tombée dans l’horreur du désespoir, sans qu’aucun intervalle m’ait préparée à cet affreux passage.
(Lettre première)
Mais quel horrible spectacle s’offrit à mes yeux ! Jamais son souvenir affreux ne s’effacera de ma mémoire.
Les pavés du temple ensanglantés ; l’image du Soleil foulée aux pieds ; nos vierges éperdues, fuyant devant une troupe de soldats furieux qui massacraient tout ce qui s’opposait à leur passage ; nos
mamas expirantes sous leurs coups, dont les habits brûlaient encore du feu de leur tonnerre ; les gémissements de l’épouvante, les cris de la fureur répandant de toute part l’horreur et l’effroi, m’ôtèrent jusqu’au sentiment de mon malheur.
(Lettre première)
Arrachée de la demeure sacrée, traînée ignominieusement hors du temple, j’ai vu pour la première fois le seuil de la porte céleste que je ne devais passer qu’avec les ornements de la royauté ; au lieu de fleurs qui auraient été semées sous mes pas, j’ai vu les chemins couverts de sang et de carnage ; au lieu des honneurs du trône que je devais partager avec toi, esclave sous les lois de la tyrannie, enfermée dans une obscure prison ; la place que j’occupe dans l’univers est bornée à l’étendue de mon être. Une natte baignée de mes pleurs reçoit mon corps fatigué par les tourments de mon âme ; mais, cher soutien de ma vie, que tant de maux me seront légers, si j’apprends que tu respires !
(Lettre première)
Je donnerais tous les jours que le Soleil me destine pour jouir un seul moment de ta présence
(Lettre première)
Les trésors de l’amour me sont ouverts ; j’y puise une joie délicieuse dont mon âme s’enivre. En dénouant les secrets de ton cœur, le mien se baigne dans une mer parfumée.
(Lettre II)
Je goûte à longs traits la douce satisfaction de te plaire, d’être louée de toi, d’être approuvée par ce que j’aime. Mais, cher Aza, en me livrant à tant de délices, je n’oublie pas que je te dois ce que je suis. Ainsi que la rose tire ses brillantes couleurs des rayons du soleil, de même les charmes qui te plaisent dans mon esprit et dans mes sentiments, ne sont que les bienfaits de ton génie lumineux ; rien n’est à moi que ma tendresse.
(Lettre II)
Si tu étais un homme ordinaire, je serais restée dans le néant, où mon sexe est condamné. Peu esclave de la coutume, tu m’en as fait franchir les barrières pour m’élever jusqu’à toi.
(Lettre II)
Mais, hélas ! si tu m’aimes encore, pourquoi suis-je dans l’esclavage ? En jetant mes regards sur les murs de ma prison, ma joie disparaît, l’horreur me saisit, et mes craintes se renouvellent.
(Lettre II)
Non, mon cher Aza, au milieu de ces peuples féroces, que tu nommes Espagnols, tu n’es pas aussi libre que tu crois l’être. Je vois autant de signes d’esclavage dans les honneurs qu’ils te rendent, que dans la captivité où ils me retiennent.
(Lettre II)
Ô mon cher Aza, malheur au peuple que la crainte détermine !
(Lettre II)
Riches de la possession de nos cœurs, grands par nos vertus, puissants par notre modération, nous irons dans une cabane jouir du ciel, de la terre et de notre tendresse.
(Lettre II)
Tu seras plus roi en régnant sur mon âme, qu’en doutant de l’affection d’un peuple innombrable : ma soumission à tes volontés te fera jouir sans tyrannie du beau droit de commander. En t’obéissant je ferai retentir ton empire de mes chants d’allégresse.
(Lettre II)
Je me représente le spectacle agréable de nos vierges, qui, rassemblées dans un même lieu, reçoivent un nouveau lustre de l’ordre admirable qui règne entre elles : tel on voit dans un jardin l’arrangement des plus belles fleurs ajouter encore de l’éclat à leur beauté.
(Lettre II)
Pour la première fois j’éprouvai du trouble, de l’inquiétude, et cependant du plaisir. Confuse des agitations de mon âme, j’allais me dérober à ta vue ; mais tu tournas tes pas vers moi, le respect me retint.
(Lettre II)
Tremblante, interdite, la timidité m’avait ravi jusqu’à l’usage de la voix ; enhardie enfin par la douceur de tes paroles, j’osai élever mes regards jusqu’à toi, je rencontrai les tiens. Non, la mort même n’effacera pas de ma mémoire les tendres mouvements de nos âmes qui se rencontrèrent, et se confondirent dans un instant.
(Lettre II)
J’étais trop ignorante sur les effets de l’amour pour ne pas m’y tromper.
(Lettre II)
Je pris le feu qui m’animait pour une agitation divine, je crus que le soleil me manifestait sa volonté par ton organe, qu’il me choisissait pour son épouse d’élite : j’en soupirai, mais après ton départ, j’examinai mon cœur, et je n’y trouvai que ton image.
(Lettre II)
J’ignorais les lois de ton empire, mais depuis que je t’avais vu, mon cœur était trop éclairé pour ne pas saisir l’idée du bonheur d’être à toi. Cependant loin d’en connaître toute l’étendue ; accoutumée au nom sacré d’épouse du Soleil, je bornais mon espérance à te voir tous les jours, à t’adorer, à t’offrir des vœux comme à lui.
(Lettre II)
C’est toi, mon aimable Aza, c’est toi qui comblas mon âme de délices en m’apprenant que l’auguste rang de ton épouse m’associerait à ton cœur, à ton trône, à ta gloire, à tes vertus ; que je jouirais sans cesse de ces entretiens si rares et si courts au gré de nos désirs, de ces entretiens qui ornaient mon esprit des perfections de ton âme, et qui ajoutaient à mon bonheur la délicieuse espérance de faire un jour le tien.
(Lettre II)
L’horreur me saisit, mon cœur se déchire, mes larmes inondent mon ouvrage.
(Lettre II)
Cette maison, que j’ai jugé être fort grande par la quantité de monde qu’elle contenait ; cette maison comme suspendue, et ne tenant point à la terre, était dans un balancement continuel.
(Lettre III)
Te l’avouerai-je, chère idole de mon cœur ; fatiguée d’une vie odieuse, rebutée de souffrir des tourments de toute espèce ; accablée sous le poids de mon horrible destinée, je regardai avec indifférence la fin de ma vie que je sentais approcher : je refusai constamment tous les secours que l’on m’offrait ; en peu de jours je touchai au terme fatal, et j’y touchai sans regret.
(Lettre III)
Je ne sais plus où je suis, peut-être est-ce loin de toi. Mais dussions-nous être séparés par les espaces immenses qu’habitent les enfants du Soleil, le nuage léger de mes pensées volera sans cesse autour de toi.
(Lettre III)
Quel que soit l’amour de la vie, mon cher Aza, les peines le diminuent, le désespoir l’éteint. Le mépris que la nature semble faire de notre être, en l’abandonnant à la douleur, nous révolte d’abord ; ensuite l’impossibilité de nous en délivrer, nous prouve une insuffisance si humiliante, qu’elle nous conduit jusqu’au dégoût de nous-même.
(Lettre IV)
Je ne vis plus en moi ni pour moi ; chaque instant où je respire, est un sacrifice que je fais à ton amour, et de jour en jour il devient plus pénible ; si le temps apporte quelque soulagement au mal qui me consume, loin d’éclaircir mon sort, il semble le rendre encore plus obscur.
(Lettre IV)
D’un autre côté l’impossibilité de me faire entendre, répand jusque sur mes organes un tourment non moins insupportable que des douleurs qui auraient une réalité plus apparente.
(Lettre IV)
Je souffre toujours également d’un feu intérieur qui me consume.
(Lettre IV)
Quelle horrible surprise, mon cher Aza ! Que nos malheurs sont augmentés ! Que nous sommes à plaindre ! Nos maux sont sans remède, il ne me reste qu’à te l’apprendre et à mourir.
(Lettre V)
Mon premier coup d’œil ne m’a que trop éclairée sur le mouvement incommode de notre demeure. Je suis dans une de ces maisons flottantes, dont les Espagnols se sont servis pour atteindre jusqu’à nos malheureuses contrées, et dont on ne m’avait fait qu’une description très imparfaite.
(Lettre V)
Cher arbitre de mes jours, de quel prix te peut être désormais ma vie infortunée ? Souffre que je rende à la divinité un bienfait insupportable dont je ne veux plus jouir ; je ne te verrai plus, je ne veux plus vivre.
(Lettre VI)
Je perds ce que j’aime ; l’univers est anéanti pour moi ; il n’est plus qu’un vaste désert que je remplis des cris de mon amour ; entends-les, cher objet de ma tendresse, sois-en touché, permets que je meure…
(Lettre VI)
Que la mer abîme à jamais dans ses flots ma tendresse malheureuse, ma vie et mon désespoir.
(Lettre VI)
Reçois, trop malheureux Aza, reçois les derniers sentiments de mon cœur, il n’a reçu que ton image, il ne voulait vivre que pour toi, il meurt rempli de ton amour. Je t’aime, je le pense, je le sens encore, je le dis pour la dernière fois…
(Lettre VI)
Aza, tu n’as pas tout perdu, tu règnes encore sur un cœur ; je respire. La vigilance de mes surveillants a rompu mon funeste dessein, il ne me reste que la honte d’en avoir tenté l’exécution. J’en aurais trop à t’apprendre les circonstances d’une entreprise aussitôt détruite que projetée.
(Lettre VII)
La connaissance de ma faute en est la plus sévère punition. Abandonnée à l’amertume du repentir, ensevelie sous le voile de la honte, je me tiens à l’écart ; je crains que mon corps n’occupe trop de place : je voudrais le dérober à la lumière ; mes pleurs coulent en abondance, ma douleur est calme, nul son ne l’exhale ; mais je suis toute à elle.
(Lettre VII)
Le croirais-tu, mon cher Aza ? Il y a des moments, où je trouve de la douceur dans ces entretiens muets ; le feu de ses yeux me rappelle l’image de celui que j’ai vu dans les tiens ; j’y trouve des rapports qui séduisent mon cœur. Hélas que cette illusion est passagère et que les regrets qui la suivent sont durables ! ils ne finiront qu’avec ma vie, puisque je ne vis que pour toi.
(Lettre VII)
Par un prodige incompréhensible, en me faisant regarder à travers une espèce de canne percée, il m’a fait voir la terre dans un éloignement, où sans le secours de cette merveilleuse machine, mes yeux n’auraient pu atteindre.
(Lettre VIII)
Le temps ainsi que l’espace n’est connu que par ses limites.
(Lettre IX)
Je sais que le nom du
cacique est
Déterville, celui de notre maison flottante
vaisseau, et celui de la terre où nous allons,
France.
(Lettre IX)
Loin de me traiter en esclave, il semble être le mien.
(Lettre IX)
De fâcheuses réflexions couvrent quelquefois de nuages ma plus chère espérance : je passe successivement de la crainte à la joie, et de la joie à l’inquiétude.
(Lettre IX)
L’intelligence des langues serait-elle celle de l’âme ?
(Lettre IX)
Nous touchons à la terre.
(Lettre IX)
La lumière de mes jours dissipera en un moment les ténèbres qui m’environnent.
(Lettre IX)
Je suis enfin arrivée à cette terre, l’objet de mes désirs, mon cher Aza, mais je n’y vois encore rien qui m’annonce le bonheur que je m’en étais promis, tout ce qui s’offre à mes yeux me frappe, me surprend, m’étonne, et ne me laisse qu’une impression vague, une perplexité stupide, dont je ne cherche pas même à me délivrer ; mes erreurs répriment mes jugements, je demeure incertaine, je doute presque de ce que je vois.
(Lettre X)
En entrant dans la chambre où Déterville m’a logée, mon cœur a tressailli ; j’ai vu dans l’enfoncement une jeune personne habillée comme une vierge du Soleil ; j’ai couru à elle les bras ouverts. Quelle surprise, mon cher Aza, quelle surprise extrême, de ne trouver qu’une résistance impénétrable, où je voyais une figure humaine se mouvoir dans un espace fort étendu !
(Lettre X)
L’étonnement me tenait immobile les yeux attachés sur cette ombre, quand Déterville m’a fait remarquer sa propre figure à côté de celle qui occupait toute mon attention : je le touchais, je lui parlais, et je le voyais en même temps fort près et fort loin de moi.
(Lettre X)
Cependant je ne puis encore juger de rien, mon esprit flotte toujours dans une mer d’incertitudes ; mon cœur seul inébranlable ne désire, n’espère, et n’attend qu’un bonheur sans lequel tout ne peut être que peines.
(Lettre X)
Nous entrâmes dans une chambre plus grande et plus ornée que celle que j’habite ; beaucoup de monde y était assemblé. L’étonnement général que l’on témoigna à ma vue me déplut, les ris excessifs que plusieurs jeunes filles s’efforçaient d’étouffer et qui recommençaient, lorsqu’elles levaient les yeux sur moi, excitaient dans mon cœur un sentiment si fâcheux, que je l’aurais pris pour de la honte, si je me fusse sentie coupable de quelque faute. Mais ne me trouvant qu’une grande répugnance à demeurer avec elles, j’allais retourner sur mes pas quand un signe de Déterville me retint.
(Lettre XI)
Je compris que je commettais une faute, si je sortais, et je me gardai bien de rien faire qui méritât le blâme que l’on me donnait sans sujet ; je restai donc, en portant toute mon attention sur ces femmes ; je crus démêler que la singularité de mes habits causait seule la surprise des unes et les ris offensants des autres, j’eus pitié de leur faiblesse ; je ne pensai plus qu’à leur persuader par ma contenance, que mon âme ne différait pas tant de la leur, que mes habillement de leurs parures.
(Lettre XI)
De mon côté j’étais fort attentive à l’observer pour ne point blesser les usages d’une nation si peu instruite des nôtres.
(Lettre XI)
Renfermée dans le temple dès ma plus tendre enfance, je ne connaissais pas les beautés de l’univers ; tout ce que je vois me ravit et m’enchante.
(Lettre XII)
Les campagnes immenses, qui se changent et se renouvellent sans cesse à des regards attentifs emportent l’âme avec plus de rapidité que l’on ne les traverse.
(Lettre XII)
Les yeux sans se fatiguer parcourent, embrassent et se reposent tout à la fois sur une variété infinie d’objets admirables : on croit ne trouver de bornes à sa vue que celles du monde entier ; cette erreur nous flatte, elle nous donne une idée satisfaisante de notre propre grandeur, et semble nous rapprocher du créateur de tant de merveilles.
(Lettre XII)
À la fin d’un beau jour, le ciel n’offre pas un spectacle moins admirable que celui de la terre ; des nuées transparentes assemblées autour du soleil, teintes des plus vives couleurs, nous présentent de toutes parts des montagnes d’ombre et de lumière, dont le majestueux désordre attire notre admiration jusqu’à l’oubli de nous-mêmes.
(Lettre XII)
si les beautés du ciel et de la terre nous emportent loin de nous par un ravissement involontaire, celles des forêts nous y ramènent par un attrait intérieur, incompréhensible, dont la seule nature a le secret. En entrant dans ces beaux lieux, un charme universel se répand sur tous les sens et confond leur usage.
(Lettre XII)
Une odeur agréable, mais indéterminée, laisse à peine discerner si elle affecte le goût ou l’odorat ; l’air même sans être aperçu, porte dans tout notre être une volupté pure qui semble nous donner un sens de plus, sans pouvoir en désigner l’organe.
(Lettre XII)
Témoin de mes tendres pensées, je t’aurais fait trouver dans les sentiments de mon cœur des charmes encore plus touchants que tous ceux des beautés de l’univers.
(Lettre XII)
Me voici enfin, mon cher Aza, dans une ville nommée Paris, c’est le terme de notre voyage, mais selon les apparences, ce ne sera pas celui de mes chagrins.
(Lettre XIII)
Quoique je n’entendisse rien de ce qu’elle me disait, ses yeux pleins de bonté me parlaient le langage universel des cœurs bienfaisants ; ils m’inspiraient la confiance et l’amitié : j’aurais voulu lui témoigner mes sentiments ; mais ne pouvant m’exprimer selon mes désirs, je prononçai tout ce que je savais de sa langue.
(Lettre XIII)
Quand on se croit réduit à la pitié de soi-même, celle des autres nous est bien précieuse.
(Livre XIII)
Les marques d’affection de cette jeune fille adoucirent ma peine : je lui contais mes chagrins comme si elle eût pu m’entendre, je lui faisais mille questions, comme si elle eût pu y répondre ; ses larmes parlaient à mon cœur, les miennes continuaient à couler, mais elles avoient moins d’amertume.
(Livre XIII)
Elle se jeta sur mon lit, et par mille caresses elle semblait vouloir réparer le mauvais traitement qu’elle m’avait fait.
(Livre XIII)
La compagnie de l’un et de l’autre m’était si agréable que je ne m’aperçus point qu’il était jour avant qu’ils me quittassent.
(Livre XIII)
Dans les différentes contrées que j’ai parcourues, je n’ai point vu des sauvages si orgueilleusement familiers que ceux-ci. Les femmes surtout me paraissent avoir une bonté méprisante qui révolte l’humanité et qui m’inspirerait peut-être autant de mépris pour elles qu’elles en témoignent pour les autres, si je les connaissais mieux.
(Livre XIV)
Toi seul réunis toutes les perfections que la nature a répandues séparément sur les humains, comme elle a rassemblé dans mon cœur tous les sentiments de tendresse et d’admiration qui m’attachent à toi jusqu’à la mort.
(Livre XIV)
Je goûtais une volupté délicate à conserver le souvenir des plus secrets mouvements de mon cœur pour t’en offrir l’hommage.
(Lettre XVI)
Le
cacique m’a amené un sauvage de cette contrée qui vient tous les jours me donner des leçons de sa langue, et de la méthode de donner une sorte d’existence aux pensées. Cela se fait en traçant avec une plume des petites figures que l’on appelle
lettres, sur une matière blanche et mince que l’on nomme
papier ; ces figures ont des noms, ces noms mêlés ensemble représentent les sons des paroles ; mais ces noms et ces sons me paraissent si peu distincts les uns des autres, que si je réussis un jour à les entendre, je suis bien assurée que ce ne sera pas sans beaucoup de peines.
(Lettre XVI)
Dans les commencements, en excitant la curiosité des autres, j’amusais la mienne ; mais quand on ne peut faire usage que des yeux, ils sont bientôt satisfaits.
(Lettre XVI)
Toutes les femmes se ressemblent, elles ont toujours les mêmes manières, et je crois qu’elles disent toujours les mêmes choses.
(Lettre XVI)
Les apparences sont plus variées dans les hommes. Quelques-uns ont l’air de penser ; mais en général je soupçonne cette nation de n’être point telle qu’elle paraît ; l’affectation me paraît son caractère dominant.
(Lettre XVI)
Mais, peut-être a-t-on besoin ici de l’horreur du vice pour conduire à la vertu ; cette pensée me vient sans la chercher, si elle était juste, que je plaindrais cette nation ! La nôtre plus favorisée de la nature, chérit le bien par ses propres attraits ; il ne nous faut que des modèles de vertu pour devenir vertueux, comme il ne faut que t’aimer pour devenir aimable.
(Lettre XVI)
Je ne sais plus que penser du génie de cette nation, mon cher Aza. Il parcourt les extrêmes avec tant de rapidité, qu’il faudrait être plus habile que je ne le suis pour asseoir un jugement sur son caractère.
(Lettre XVII)
Je ne vivais que dans l’avenir, le présent ne me paraissait plus digne d’être compté. Toutes mes pensées n’étaient que des désirs, toutes mes réflexions que des projets, tous mes sentiments que des espérances.
(Lettre XVIII)
Il arrive souvent qu’après avoir beaucoup écrit, je ne puis deviner moi-même ce que j’ai cru exprimer.
(Lettre XIX)
Le principal événement de ma vie a été le départ de Déterville.
Depuis un espace de temps que l’on nomme
six mois, il est allé faire la guerre pour les intérêts de son souverain. Lorsqu’il partit, j’ignorais encore l’usage de sa langue ; cependant à la vive douleur qu’il fit paraître en se séparant de sa sœur et de moi, je compris que nous le perdions pour longtemps.
(Lettre XIX)
J’en versai bien des larmes.
(Lettre XIX)
Céline résiste de tout son pouvoir au sacrifice que l’on exige d’elle ; son courage est soutenu par des lettres de son amant, que je reçois de mon maître à écrire, et que je lui rends ; cependant son chagrin apporte tant d’altération dans son caractère, que loin d’avoir pour moi les mêmes bontés qu’elle avait avant que je parlasse sa langue, elle répand sur notre commerce une amertume qui aigrit mes peines.
(Lettre XIX)
Confidente perpétuelle des siennes, je l’écoute sans ennui, je la plains sans effort, je la console avec amitié ; et si ma tendresse réveillée par la peinture de la sienne, me fait chercher à soulager l’oppression de mon cœur, en prononçant seulement ton nom, l’impatience et le mépris se peignent sur son visage, elle me conteste ton esprit, tes vertus, et jusqu’à ton amour.
(Lettre XIX)
Il ne me reste que la seule et pénible satisfaction de couvrir ce papier des expressions de ma tendresse, puisqu’il est le seul témoin docile des sentiments de mon cœur.
(Lettre XIX)
Hélas ! je prends peut-être des peines inutiles, peut-être ne sauras-tu jamais que je n’ai vécu que pour toi. Cette horrible pensée affaiblit mon courage, sans rompre le dessein que j’ai de continuer à t’écrire. Je conserve mon illusion pour te conserver ma vie, j’écarte la raison barbare qui voudrait m’éclairer ; si je n’espérais te revoir, je périrais, mon cher Aza, j’en suis certaine ; sans toi la vie m’est un supplice.
(Lettre XIX)
Jusqu’ici, mon cher Aza, toute occupée des peines de mon cœur, je ne t’ai point parlé de celles de mon esprit ; cependant elles ne sont guère moins cruelles. J’en éprouve une d’un genre inconnu parmi nous, et que le génie inconséquent de cette nation pouvait seul inventer.
(Lettre XX)
Les malheurs des nobles en général naissent des difficultés qu’ils trouvent à concilier leur magnificence apparente avec leur misère réelle.
(Lettre XX)
Sans avoir de l’or, il est impossible d’acquérir une portion de cette terre que la nature a donnée à tous les hommes. Sans posséder ce qu’on appelle du bien, il est impossible d’avoir de l’or, et par une inconséquence qui blesse les lumières naturelles, et qui impatiente la raison, cette nation insensée attache de la honte à recevoir de tout autre que du souverain, ce qui est nécessaire au soutien de sa vie et de son état : ce souverain répand ses libéralités sur un si petit nombre de ses sujets, en comparaison de la quantité des malheureux, qu’il y aurait autant de folie à prétendre y avoir part, que d’ignominie à se délivrer par la mort de l’impossibilité de vivre sans honte.
(Lettre XX)
Je n’ai ni or, ni terres, ni adresse, je fais nécessairement partie des citoyens de cette ville. Ô ciel ! dans quelle classe dois-je me ranger ?
(Lettre XX)
Ce que je vois, ce que j’apprends des gens de ce pays me donne en général de la défiance de leurs paroles ; leurs vertus, mon cher Aza, n’ont pas plus de réalité que leurs richesses. Les meubles que je croyais d’or, n’en ont que la superficie, leur véritable substance est de bois ; de même ce qu’ils appellent politesse a tous les dehors de la vertu, et cache légèrement leurs défauts ; mais avec un peu d’attention, on en découvre aussi aisément l’artifice que celui de leurs fausses richesses.
(Lettre XX)
Je dois une partie de ces connaissances à une sorte d’écriture que l’on appelle
livre ; quoique je trouve encore beaucoup de difficultés à comprendre ce qu’ils contiennent, ils me sont fort utiles, j’en tire des notions.
(Livre XX)
Quelques-uns de ces livres apprennent ce que les hommes ont fait, et d’autres ce qu’ils ont pensé. Je ne puis t’exprimer, mon cher Aza, l’excellence du plaisir que je trouverais à les lire, si je les entendais mieux, ni le désir extrême que j’ai de connaître quelques-uns des hommes divins qui les composent. Puisqu’ils sont à l’âme ce que le soleil est à la terre, je trouverais avec eux toutes les lumières, tous les secours dont j’ai besoin.
(Lettre XX)
Je te porterai, mon cher Aza, tout ce que je pourrai amasser de ces merveilleux ouvrages, je te les expliquerai dans notre langue, je goûterai la suprême félicité de donner un plaisir nouveau à ce que j’aime.
Hélas ! le pourrai-je jamais ?
(Lettre XX)
Il venait pour m’instruire de la religion de France, et m’exhorter à l’embrasser ; je le ferais volontiers, si j’étais bien assurée qu’il m’en eût fait une peinture véritable.
(Lettre XXI)
J’aurais pu appliquer à ses raisonnements ce qu’il opposait aux miens : mais si les lois de l’humanité défendent de frapper son semblable, parce que c’est lui faire un mal, à plus forte raison ne doit-on pas blesser son âme par le mépris de ses opinions. Je me contentai de lui expliquer mes sentiments sans contrarier les siens.
(Lettre XXI)
Le poids de la reconnaissance est bien léger, mon cher Aza, quand on ne le reçoit que des mains de la vertu.
(Lettre XXI)
Le savant homme m’apprit aussi comment le hasard avait conduit les Espagnols jusqu’à ton malheureux empire, et que la soif de l’or était la seule cause de leur cruauté. Il m’expliqua ensuite de quelle façon le droit de la guerre m’avait fait tomber entre les mains de Déterville par un combat dont il était sorti victorieux, après avoir pris plusieurs vaisseaux aux Espagnols, entre lesquels était celui qui me portait.
(Lettre XXI)
Nous sommes déjà brouillés.
(Lettre XXII)
L’esprit tranquille sur les intérêts de ma tendresse, je voulus satisfaire ma curiosité sur les hommes merveilleux qui font des livres ; je commençai par m’informer du rang qu’ils tiennent dans le monde, de la vénération que l’on a pour eux ; enfin des honneurs ou des triomphes qu’on leur décerne pour tant de bienfaits qu’ils répandent dans la société.
(Lettre XXII)
En effet, dois-je croire que des gens qui connaissent et qui peignent si bien les subtiles délicatesses de la vertu, n’en aient pas plus dans le cœur que le commun des hommes, et quelquefois moins ?
(Lettre XXII)
Pouvais-je me persuader que chez une nation si fastueuse, des hommes, sans contredit au-dessus des autres, par les lumières de leur esprit, fussent réduits à la triste nécessité de vendre leurs pensées, comme le peuple vend pour vivre les plus viles productions de la terre ?
(Lettre XXII)
La fausseté, mon cher Aza, ne me déplaît guère moins sous le masque transparent de la plaisanterie, que sous le voile épais de la séduction.
(Lettre XXII)
Ô mon cher Aza, que la raison de ce pays est bizarre ! toujours en contradiction avec elle-même, je ne sais comment on pourrait obéir à quelques-uns de ses préceptes sans en choquer une infinité d’autres.
(Lettre XXII)
Je voulais tout dire à la fois, je disais mal, et cependant je parlais beaucoup.
(Lettre XXIII)
À quel sentiment, divine Zilia, dois-je attribuer le plaisir que je vois aussi naïvement exprimé dans vos beaux yeux que dans vos discours ?
(Lettre XXIII)
Moi ! m’écriai-je, en l’interrompant, moi je ne vous aime point !
(Lettre XXIII)
L’ingratitude me fait horreur, je me haïrais moi-même si je croyais pouvoir cesser de vous aimer.
(Lettre XXIII)
Pendant que je prononçais ce peu de mots, il semblait à l’avidité de ses regards qu’il voulait lire dans mon âme.
(Lettre XXIII)
Vous m’aimez, Zilia, me dit-il, vous m’aimez, et vous me le dites ! Je donnerais ma vie pour entendre ce charmant aveu ; hélas ! je ne puis le croire, lors même que je l’entends. Zilia, ma chère Zilia, est-il si bien vrai que vous m’aimez ? ne vous trompez-vous pas vous-même ? votre ton, vos yeux, mon cœur, tout me séduit. Peut-être n’est-ce que pour me replonger plus cruellement dans le désespoir dont je sors.
(Lettre XXIII)
Je ne puis encore me flatter, vous ne parlez pas assez bien le français pour détruire mes justes craintes ; vous ne cherchez point à me tromper, je le sais. Mais expliquez-moi quel sens vous attachez à ces mots adorables
Je vous aime. Que mon sort soit décidé, que je meure à vos pieds, de douleur ou de plaisir.
(Lettre XXIII)
Ces mots, lui dis-je (un peu intimidée par la vivacité avec laquelle il prononça ces dernières paroles) ces mots doivent, je crois, vous faire entendre que vous m’êtes cher, que votre sort m’intéresse, que l’amitié et la reconnaissance m’attachent à vous ; ces sentiments plaisent à mon cœur, et doivent satisfaire le vôtre.
(Lettre XXIII)
Ah, Zilia ! me répondit-il, que vos termes s’affaiblissent, que votre ton se refroidit !
(Lettre XXIII)
— Par quelle raison auriez-vous pour moi les sentiments dont vous parlez ?
— En faut-il d’autres que vos charmes et mon caractère, me répliqua-t-il, pour m’attacher à vous jusqu’à la mort ?
(Lettre XXIII)
Né tendre, paresseux, ennemi de l’artifice, les peines qu’il aurait fallu me donner pour pénétrer le cœur des femmes, et la crainte de n’y pas trouver la franchise que j’y désirais, ne m’ont laissé pour elles qu’un goût vague ou passager ; j’ai vécu sans passion jusqu’au moment où je vous ai vue ; votre beauté me frappa, mais son impression aurait peut-être été aussi légère que celle de beaucoup d’autres, si la douceur et la naïveté de votre caractère ne m’avaient présenté l’objet que mon imagination m’avait si souvent composé.
(Lettre XXIII)
Vous savez, Zilia, si je l’ai respecté cet objet de mon adoration ? Que ne m’en a-t-il pas couté pour résister aux occasions séduisantes que m’offrait la familiarité d’une longue navigation. Combien de fois votre innocence vous aurait-elle livrée à mes transports, si je les eusse écoutés ? Mais loin de vous offenser, j’ai poussé la discrétion jusqu’au silence ; j’ai même exigé de ma sœur qu’elle ne vous parlerait pas de mon amour ; je n’ai rien voulu devoir qu’à vous-même.
(Lettre XXIII)
— Ah, Zilia ! si vous n’êtes point touchée d’un respect si tendre, je vous fuirai ; mais je le sens, ma mort sera le prix du sacrifice.
— Votre mort ! m’écriai-je (pénétrée de la douleur sincère dont je le voyais accablé) hélas ! quel sacrifice ! Je ne sais si celui de ma vie ne me serait pas moins affreux.
(Lettre XXIII)
— Eh bien, Zilia, me dit-il, si ma vie vous est chère, ordonnez donc que je vive ?
— Que faut-il faire ? lui dis-je.
— M’aimer, répondit-il, comme vous aimiez Aza.
— Je l’aime toujours de même, lui répliquai-je, et je l’aimerai jusqu’à la mort : je ne sais, ajoutai-je, si vos lois vous permettent d’aimer deux objets de la même manière, mais nos usages et mon cœur nous le défendent. Contentez-vous des sentiments que je vous promets, je ne puis en avoir d’autres, la vérité m’est chère, je vous la dis sans détour.
(Lettre XXIII)
De quel sang froid vous m’assassinez, s’écria-t-il ! Ah Zilia ! que je vous aime, puisque j’adore jusqu’à votre cruelle franchise. Eh bien, continua-t-il après avoir gardé quelques moments le silence, mon amour surpassera votre cruauté. Votre bonheur m’est plus cher que le mien. Parlez-moi avec cette sincérité qui me déchire sans ménagement.
(Lettre XXIII)
Eh bien, lui dis-je enfin, je ne le verrai plus, mais je n’en vivrai pas moins pour lui ; si votre amitié est assez généreuse pour nous procurer quelque correspondance, cette satisfaction suffira pour me rendre la vie moins insupportable, et je mourrai contente, pourvu que vous me promettiez de lui faire savoir que je suis morte en l’aimant.
(Lettre XXIII)
Je serai le seul malheureux. Vous connaîtrez ce cœur que vous dédaignez ; vous verrez de quels efforts est capable un amour tel que le mien, et je vous forcerai au moins à me plaindre.
(Lettre XXIII)
Retirée dans ma chambre, j’y suis restée un jour sans oser paraître, sans avoir eu de nouvelles de personne, et dans un désordre d’esprit qui ne me permettait pas même de t’écrire.
(Lettre XXIII)
L’extrême amitié qu’elle a pour son frère l’indispose contre moi, elle me reproche sans cesse de le rendre malheureux ; la honte de paraître ingrate m’intimide, les bontés affectées de Céline me gênent, mon embarras la contraint, la douceur et l’agrément sont bannis de notre commerce.
(Lettre XXIV)
Déterville désintéressé par lui-même, se donne des peines infinies pour tirer Céline de l’oppression. Il semble que son malheur redouble son amitié pour elle ; outre qu’il vient la voir tous les jours, il lui écrit soir et matin ; ses lettres sont remplies de si tendres plaintes contre moi, de si vives inquiétudes sur ma santé, que quoique Céline affecte, en me les lisant, de ne vouloir que m’instruire du progrès de leurs affaires, je démêle aisément le motif du prétexte.
Je ne doute pas que Déterville ne les écrive, afin qu’elles me soient lues ; néanmoins je suis persuadée qu’il s’en abstiendrait, s’il était instruit des reproches sanglants dont cette lecture est suivie. Ils font leur impression sur mon cœur. La tristesse me consume.
(Lettre XXIV)
Jusqu’ici, au milieu des orages, je jouissais de la faible satisfaction de vivre en paix avec moi-même : aucune tache ne souillait la pureté de mon âme ; aucun remords ne la troublait ; à présent je ne puis penser, sans une sorte de mépris pour moi-même, que je rends malheureuses deux personnes auxquelles je dois la vie ; que je trouble le repos dont elles jouiraient sans moi, que je leur fais tout le mal qui est en mon pouvoir, et cependant je ne puis ni ne veux cesser d’être criminelle. Ma tendresse pour toi triomphe de mes remords. Aza, que je t’aime !
(Lettre XXIV)
Que la prudence est quelquefois nuisible, mon cher Aza ! j’ai résisté longtemps aux puissantes instances que Déterville m’a fait faire de lui accorder un moment d’entretien. Hélas ! je fuyais mon bonheur.
(Lettre XXV)
Je ne vous aurais pas obligée à me voir, si je ne vous apportais autant de joie que vous me causez de douleurs. Est-ce trop exiger, qu’un moment de votre vue, pour récompense du cruel sacrifice que je vous fais ?
(Lettre XXV)
Voici, continua-t-il, une lettre de ce parent dont on vous a parlé : en vous apprenant le sort d’Aza, elle vous prouvera mieux que tous mes serments, quel est l’excès de mon amour, et tout de suite il m’en fit la lecture. Ah ! mon cher Aza, ai-je pu l’entendre sans mourir de joie ? Elle m’apprend que tes jours sont conservés, que tu es libre, que tu vis sans péril à la Cour d’Espagne. Quel bonheur inespéré !
(Lettre XXV)
Cette admirable lettre est écrite par un homme qui te connaît, qui te voit, qui te parle ; peut-être tes regards ont-ils été attachés un moment sur ce précieux papier ? Je ne pouvais en arracher les miens ; je n’ai retenu qu’à peine des cris de joie prêts à m’échapper, les larmes de l’amour inondaient mon visage.
(Lettre XXV)
Je cherchais des termes qui exprimassent la vérité de mon cœur sans offenser la sensibilité du sien, je ne les trouvais pas, il fallait parler.
(Lettre XXV)
Mon bonheur, lui dis-je, ne sera jamais sans mélange, puisque je ne puis concilier les devoirs de l’amour avec ceux de l’amitié.
(Lettre XXV)
Quoi ! Zilia, s’écria-t-il, vous voulez nous quitter ! Ah ! je n’étais point préparé à cette funeste résolution, je manque de courage pour la soutenir. J’en avais assez pour vous voir ici dans les bras de mon rival. L’effort de ma raison, la délicatesse de mon amour m’avaient affermi contre ce coup mortel ; je l’aurais préparé moi-même, mais je ne puis me séparer de vous, je ne puis renoncer à vous voir ; non, vous ne partirez point, continua-t-il avec emportement, n’y comptez pas, vous abusez de ma tendresse, vous déchirez sans pitié un cœur perdu d’amour. Zilia, cruelle Zilia ; voyez mon désespoir, c’est votre ouvrage. Hélas ! de quel prix payez-vous l’amour le plus pur !
(Lettre XXV)
Vous flétrissez mon âme en la forçant d’être ingrate ; vous désolez mon cœur par une sensibilité infructueuse. Au nom de l’amitié, ne ternissez pas une générosité sans exemple par un désespoir qui ferait l’amertume de ma vie sans vous rendre heureux. Ne condamnez point en moi le même sentiment que vous ne pouvez surmonter, ne me forcez pas à me plaindre de vous, laissez-moi chérir votre nom, le porter au bout du monde, et le faire révérer à des peuples adorateurs de la vertu.
(Lettre XXV)
Je te l’avoue, mon cher Aza, quoique Déterville me soit cher, quoique je fusse pénétrée de sa douleur, j’avais trop d’impatience de jouir en paix de ma félicité, pour n’être pas bien aise qu’il se retirât.
(Lettre XXV)
Qu’il est doux, après tant de peines, de s’abandonner à la joie !
(Lettre XXV)
Quoi qu’il en soit, mon cœur est sous tes lois ; soumise à tes lumières, j’adopterai aveuglement tout ce qui pourra nous rendre inséparables.
(Lettre XXV)
Bientôt réunie à mon bien, à mon être, à mon tout, je ne penserai plus que par toi, je ne vivrai que pour t’aimer.
(Lettre XXV)
Le temps est trop cher pour le prodiguer sans nécessité.
(Lettre XXVI)
Déterville a écrit devant moi au ministre d’Espagne. Il le presse de te faire partir, il lui indique les moyens de te faire conduire ici avec une générosité qui me pénètre de reconnaissance et d’admiration.
(Lettre XXVI)
D’un autre côté, Déterville m’a assuré qu’il nous était à jamais impossible de revoir la ville du Soleil. Après le séjour de notre patrie, en est-il un plus agréable que celui de la France ? Il te plaira, mon cher Aza, quoique la sincérité en soit bannie ; on y trouve tant d’agréments, qu’ils font oublier les dangers de la société.
(Lettre XXVI)
Quel qu’en soit le motif, nous sommes toujours redevables à ceux qui nous font éprouver un sentiment doux.
(Lettre XXVII)
Il nous siérait mal de faire les magnifiques avec vous, vous le connaîtrez dans peu.
(Lettre XXVII)
Ouvrez, Zilia, ouvrez sans vous effaroucher, c’est de la part d’Aza.
(Lettre XXVII)
Ces trésors sont à vous, belle Zilia, puisque je les ai trouvés sur le vaisseau qui vous portait. Quelques discussions arrivées entre les gens de l’équipage m’ont empêché jusqu’ici d’en disposer librement. Je voulais vous les présenter moi-même, mais les inquiétudes que vous avez témoignées ce matin à ma sœur, ne me laissent plus le choix du moment. Je ne saurais trop tôt dissiper vos craintes, je préférerai toute ma vie votre satisfaction à la mienne.
(Lettre XXVII)
Je l’avoue en rougissant, mon cher Aza, je sentis moins alors la générosité de Déterville, que le plaisir de lui donner des preuves de la mienne.
(Lettre XXVII)
Rappelez votre équité si vous voulez en inspirer aux autres.
(Lettre XXVII)
Je reconnus dans mon action plus d’orgueil et de vengeance que de générosité. Que les vices sont près des vertus ! J’avouai ma faute, j’en demandai pardon à Céline ; mais je souffrais trop de la contrainte qu’elle voulait m’imposer pour n’y pas chercher de l’adoucissement.
(Lettre XXVII)
Je goûtai enfin le délicieux plaisir de donner.
(Lettre XXVII)
Loin que la joie et les plaisirs dont tout le monde paraît enivré, me dissipent et m’amusent, ils me rappellent avec plus de regret les jours paisibles que je passais à t’écrire, ou tout au moins à penser à toi.
(Lettre XXVIII)
Les divertissements de ce pays me paraissent aussi peu naturels, aussi affectés que les mœurs. Ils consistent dans une gaieté violente, exprimée par des ris éclatants, auxquels l’âme paraît ne prendre aucune part : dans des jeux insipides dont l’or fait tout le plaisir, ou bien dans une conversation si frivole et si répétée, qu’elle ressemble bien davantage au gazouillement des oiseaux qu’à l’entretien d’une assemblée d’êtres pensants.
(Lettre XXVIII)
Les jeunes hommes, qui sont ici en grand nombre, se sont d’abord empressés à me suivre jusqu’à ne paraître occupés que de moi ; mais soit que la froideur de ma conversation les ait ennuyés, ou que mon peu de goût pour leurs agréments les ait dégoûtés de la peine qu’ils prenaient à les faire valoir, il n’a fallu que deux jours pour les déterminer à m’oublier, bientôt ils m’ont délivrée de leur importune préférence.
(Lettre XXVIII)
Le penchant des François les porte si naturellement aux extrêmes, que Déterville, quoiqu’exempt d’une grande partie des défauts de sa nation, participe néanmoins à celui-là.
(Lettre XXVIII)
Je sens un désir violent de l’obliger à me parler, et la crainte de réveiller ses plaintes et ses regrets, me retient.
(Lettre XXVIII)
Céline, toute occupée de son nouvel époux, ne m’est d’aucun secours, le reste de la compagnie ne m’est point agréable ; ainsi, seule au milieu d’une assemblée tumultueuse, je n’ai d’amusement que mes pensées, elles sont toutes à toi, mon cher Aza ; tu seras à jamais le seul confident de mon cœur, de mes plaisirs, et de mon bonheur.
(Lettre XXVIII)
Importuné du tumulte, je venais jouir en paix de ma douleur. Je vous ai aperçue, j’ai combattu avec moi-même pour m’éloigner de vous, mais je suis trop malheureux pour l’être sans relâche ; par pitié pour moi je me suis approché, j’ai vu couler vos larmes, je n’ai plus été le maître de mon cœur, cependant si vous m’ordonnez de vous fuir, je vous obéirai.
(Lettre XXIX)
Hélas ! interrompit-il encore, que la reconnaissance est peu flatteuse pour un cœur malheureux ! Compagne de l’indifférence, elle ne s’allie que trop souvent avec la haine.
(Lettre XXIX)
Combien j’aurais de reproches à vous faire, si vous n’étiez pas tant à plaindre !
(Lettre XXIX)
Votre douceur et votre bonté me firent désirer dès lors de gagner votre amitié, à mesure que j’ai démêlé votre caractère.
(Lettre XXIX)
Combien de motifs pour vous chérir ! jusqu’à la noblesse de votre figure, tout me plaît en vous : l’amitié a des yeux aussi-bien que l’amour. Autrefois après un moment d’absence, je ne vous voyais pas revenir sans qu’une sorte de sérénité ne se répandît dans mon cœur ; pourquoi avez-vous changé ces innocents plaisirs en peines et en contraintes ? Votre raison ne paraît plus qu’avec effort. J’en crains sans cesse les écarts. Les sentiments dont vous m’entretenez, gênent l’expression des miens, ils me privent du plaisir de vous peindre sans détour les charmes que je goûterais dans votre amitié, si vous n’en troubliez la douceur. Vous m’ôtez jusqu’à la volupté délicate de regarder mon bienfaiteur, vos yeux embarrassent les miens, je n’y remarque plus cette agréable tranquillité qui passait quelquefois jusqu’à mon âme : je n’y trouve qu’une morne douleur qui me reproche sans cesse d’en être la cause. Ah, Déterville ! que vous êtes injuste, si vous croyez souffrir seul !
(Lettre XXIX)
Ma chère Zilia, s’écria-t-il en me baisant la main avec ardeur, que vos bontés et votre franchise redoublent mes regrets ! quel trésor que la possession d’un cœur tel que le vôtre ! mais avec quel désespoir vous m’en faites sentir la perte !
(Lettre XXIX)
Ma chère Zilia, s’écria-t-il en me baisant la main avec ardeur, que vos bontés et votre franchise redoublent mes regrets ! quel trésor que la possession d’un cœur tel que le vôtre ! mais avec quel désespoir vous m’en faites sentir la perte ! Puissante Zilia, continua-t-il, quel pouvoir est le vôtre ! n’était-ce point assez de me faire passer de la profonde indifférence à l’amour excessif, de l’indolence à la fureur, faut-il encore me vaincre ? Le pourrai-je ?
(Lettre XXIX)
Les sanglots étouffèrent sa voix, il se hâta de cacher les larmes qui couvraient son visage, j’en répandais moi-même : aussi touchée de sa générosité que de sa douleur, je pris une de ses mains que je serrai dans les miennes ; non, lui dis-je, vous ne partirez point. Laissez-moi mon ami, contentez-vous des sentiments que j’aurai toute ma vie pour vous ; je vous aime presqu’autant que j’aime Aza, mais je ne puis jamais vous aimer comme lui.
(Lettre XXIX)
Cruelle Zilia ! s’écria-t-il avec transport, accompagnez-vous toujours vos bontés des coups les plus sensibles ? un mortel poison détruira-t-il sans cesse le charme que vous répandez sur vos paroles ? Que je suis insensé de me livrer à leur douceur ! dans quel honteux abaissement je me plonge ! C’en est fait, je me rends à moi-même, ajouta-t-il d’un ton ferme ; adieu, vous verrez bientôt Aza. Puisse-t-il ne pas vous faire éprouver les tourments qui me dévorent, puisse-t-il être tel que vous le désirez, et digne de votre cœur.
(Lettre XXIX)
Je ne pus me défendre des soupçons qui se présentèrent en foule à mon esprit.
(Lettre XXIX)
Cependant les réflexions sur l’inconstance des hommes, sur les dangers de l’absence, et sur la légèreté avec laquelle tu avais changé de religion, restèrent profondément gravées dans mon esprit.
(Lettre XXIX)
Pour la première fois, ma tendresse me devint un sentiment pénible, pour la première fois je craignis de perdre ton cœur ; Aza, s’il était vrai, si tu ne m’aimais plus, ah ! que ma mort nous sépare plutôt que ton inconstance.
(Lettre XXIX)
Mon chagrin se tourna tout entier contre lui, je le traitai durement, il me quitta désespéré.
(Lettre XXIX)
Aza ! je t’aime si tendrement ! pourrais-tu m’oublier ?
(Lettre XXIX)
Le temps a dissipé mes inquiétudes : je ne les vois plus que comme un songe dont la lumière du jour efface l’impression.
(Lettre XXX)
À mon arrivée en France, n’entendant pas la langue, je ne pouvois juger que sur les dehors ; peu instruite dans la maison religieuse, je ne l’ai guère été davantage à la campagne, où je n’ai vu qu’une société particulière, dont j’étais trop ennuyée pour l’examiner. Ce n’est qu’ici, où répandue dans ce que l’on appelle le grand monde, je vois la nation entière.
(Lettre XXX)
La censure est le goût dominant des Français, comme l’inconséquence est le caractère de la nation. Leurs livres sont la critique générale des mœurs, et leur conversation celle de chaque particulier, pourvu néanmoins qu’ils soient absents.
(Lettre XXX)
Ce qu’ils appellent la mode n’a point encore altéré l’ancien usage de dire librement tout le mal que l’on peut des autres, et quelquefois celui que l’on ne pense pas. Les plus gens de bien suivent la coutume ; on les distingue seulement à une certaine formule d’apologie de leur franchise et de leur amour pour la vérité, au moyen de laquelle ils révèlent sans scrupule les défauts, les ridicules et jusqu’aux vices de leurs amis.
(Lettre XXX)
Il ne faut ni éloquence pour se faire écouter, ni probité pour se faire croire. Tout est dit, tout est reçu avec la même légèreté.
(Lettre XXX)
Ne crois pas pour cela, mon cher Aza, qu’en général les Français soient nés méchants, je serais plus injuste qu’eux si je te laissais dans l’erreur.
(Lettre XXX)
Naturellement sensibles, touchés de la vertu, je n’en ai point vu qui écoutât sans attendrissement l’histoire que l’on m’oblige souvent à faire de la droiture de nos cœurs, de la candeur de nos sentiments et de la simplicité de nos mœurs ; s’ils vivaient parmi nous, ils deviendraient vertueux : l’exemple et la coutume sont les tirants de leurs usages.
(Lettre XXX)
Tel qui pense bien, médit d’un absent pour n’être pas méprisé de ceux qui l’écoutent. Tel autre serait bon, humain, sans orgueil, s’il ne craignait d’être ridicule, et tel est ridicule par état qui serait un modèle de perfections s’il osait hautement avoir du mérite.
(Lettre XXX)
Enfin, mon cher Aza, leurs vices sont artificiels comme leurs vertus, et la frivolité de leur caractère ne leur permet d’être qu’imparfaitement ce qu’il sont. Ainsi que leurs jouets de l’enfance, ridicules institutions des êtres pensants, ils n’ont, comme eux, qu’une ressemblance ébauchée avec leurs modèles ; du poids aux yeux, de la légèreté au tact, la surface coloriée, un intérieur informe, un prix apparent, aucune valeur réelle. Aussi ne sont-ils estimés par les autres nations que comme les jolies bagatelles le sont dans la société. Le bon sens sourit à leurs gentillesses et les remet froidement à leur place.
(Lettre XXX)
Heureuse la nation qui n’a que la nature pour guide, la vérité pour mobile et la vertu pour principe.
(Lettre XXX)
Il n’est pas surprenant, mon cher Aza, que l’inconséquence soit une suite du caractère léger des Français ; mais je ne puis assez m’étonner de ce qu’avec autant et plus de lumières qu’aucune autre nation, ils semblent ne pas apercevoir les contradictions choquantes que les étrangers remarquent en eux dès la première vue.
Parmi le grand nombre de celles qui me frappent tous les jours, je n’en vois point de plus déshonorante pour leur esprit, que leur façon de penser sur les femmes. Ils les respectent, mon cher Aza, et en même-temps ils les méprisent avec un égal excès.
(Lettre XXXI)
La première loi de leur politesse, ou si tu veux de leur vertu (car je ne leur en connais point d’autre) regarde les femmes. L’homme du plus haut rang doit des égards à celle de la plus vile condition, il se couvrirait de honte et de ce qu’on appelle ridicule, s’il lui faisait quelque insulte personnelle. Et cependant l’homme le moins considérable, le moins estimé, peut tromper, trahir une femme de mérite, noircir sa réputation par des calomnies, sans craindre ni blâme ni punition.
(Lettre XXXI)
Nous avons trouvé que la force et le courage dans un sexe, indiquait qu’il devait être le soutien et le défenseur de l’autre, nos lois y sont conformes. Ici loin de compatir à la faiblesse des femmes, celles du peuple accablées de travail n’en sont soulagées ni par les lois ni par leurs maris ; celles d’un rang plus élevé, jouet de la séduction ou de la méchanceté des hommes, n’ont pour se dédommager de leurs perfidies, que les dehors d’un respect purement imaginaire, toujours suivi de la plus mordante satyre.
(Lettre XXXI)
Je m’étais bien aperçue en entrant dans le monde que la censure habituelle de la nation tombait principalement sur les femmes, et que les hommes, entre eux, ne se méprisaient qu’avec ménagement.
(Lettre XXXI)
Je m’informai, et j’appris, mon cher Aza, qu’un homme est obligé d’exposer sa vie pour la ravir à un autre, s’il apprend que cet autre a tenu quelques discours contre lui ; ou à se bannir de la société s’il refuse de prendre une vengeance si cruelle.
(Lettre XXXI)
Il est clair que les hommes naturellement lâches, sans honte et sans remords ne craignent que les punitions corporelles, et que si les femmes étaient autorisées à punir les outrages qu’on leur fait de la même manière dont ils sont obligés de se venger de la plus légère insulte, tel que l’on voit reçu et accueilli dans la société, ne serait plus ; ou retiré dans un désert, il y cacherait sa honte et sa mauvaise foi : mais les lâches n’ont rien à craindre, ils ont trop bien fondé cet abus pour le voir jamais abolir.
(Lettre XXXI)
L’impudence et l’effronterie sont les premiers sentiments que l’on inspire aux hommes, la timidité, la douceur et la patience, sont les seules vertus que l’on cultive dans les femmes : comment ne seraient-elles pas les victimes de l’impunité ?
(Lettre XXXI)
Ô mon cher Aza ! que les vices brillants d’une nation d’ailleurs charmante, ne nous dégoûtent point de la naïve simplicité de nos mœurs ! N’oublions jamais, toi, l’obligation où tu es d’être mon exemple, mon guide et mon soutien dans le chemin de la vertu ; et moi celle où je suis de conserver ton estime et ton amour, en imitant mon modèle, en le surpassant même s’il est possible, en méritant un respect fondé sur le mérite et non pas sur un frivole usage.
(Lettre XXXI)
Nous bornâmes notre course dans un bois qui termine ce beau jardin ; assis tous quatre sur un gazon délicieux, nous commencions déjà à nous livrer à la rêverie qu’inspirent naturellement les beautés naturelles, quand à travers les arbres, nous vîmes venir à nous d’un côté une troupe de paysans vêtus proprement à leur manière, précédés de quelques instruments de musique, et de l’autre une troupe de jeunes filles vêtues de blanc, la tête ornée de fleurs champêtres, qui chantaient d’une façon rustique, mais mélodieuse, des chansons, où j’entendis avec surprise, que mon nom était souvent répété.
(Lettre XXXII)
Avouez, Zilia, me dit-elle, que vous êtes bien fâchée contre nous, et que vous le serez bien davantage, si je vous dis, qu’il est très vrai que cette terre et cette maison vous appartiennent.
(Lettre XXXII)
Si mon frère avait disposé de quelques parties de vos trésors pour en faire l’acquisition, et qu’au lieu des ennuyeuses formalités, dont il s’est chargé, il ne vous eût réservé que la surprise, nous haïriez-vous bien fort ?
(Lettre XXXII)
Vous avez signé ce matin l’acte authentique qui vous met en possession de l’une et l’autre. Grondez-nous à présent tant qu’il vous plaira, ajouta-t-elle en riant, si rien de tout cela ne vous est agréable.
(Lettre XXXII)
Je faisais à Céline des caresses qu’elle me rendait avec la même tendresse.
(Lettre XXXII)
Te l’avouerai-je, mon cher Aza, tout ce qui s’offrit à mon passage me parut prendre une nouvelle forme ; les fleurs me semblaient plus belles, les arbres plus verts, la symétrie des jardins mieux ordonnée.
(Lettre XXXII)
Le seul endroit où je m’arrêtai, fut dans une assez grande chambre entourée d’un grillage d’or, légèrement travaillé, qui renfermait une infinité de livres de toutes couleurs, de toutes formes, et d’une propreté admirable ; j’étais dans un tel enchantement, que je croyais ne pouvoir les quitter sans les avoir tous lus.
(Lettre XXXII)
La tristesse de Déterville et de sa sœur, mon cher Aza, n’a fait qu’augmenter depuis notre retour de mon palais enchanté : ils me sont trop chers l’un et l’autre pour ne m’être pas empressée à leur en demander le motif ; mais voyant qu’ils s’obstinaient à me le taire, je n’ai plus douté que quelque nouveau malheur n’ait traversé ton voyage, et bientôt mon inquiétude a surpassé leur chagrin. Je n’en ai pas dissimulé la cause, et mes aimables amis ne l’ont pas laissé durer longtemps.
(Lettre XXXIII)
Tu es plus près de moi, il est vrai ; mais ton absence en est-elle moins réelle que si les mers nous séparaient encore ? Je ne te vois point, tu ne peux m’entendre, pourquoi cesserais-je de m’entretenir avec toi de la seule façon dont je puis le faire ? encore un moment, et je te verrai ; mais ce moment n’existe point.
(Lettre XXXIII)
On m’interrompt, ce n’est pas toi, et cependant il faut que je te quitte.
(Lettre XXXIII)
Avez-vous pu, monsieur, prévoir sans repentir le chagrin mortel que vous deviez joindre au bonheur que vous me prépariez ? Comment avez-vous eu la cruauté de faire précéder votre départ par des circonstances si agréables, par des motifs de reconnaissance si pressants, à moins que ce ne fût pour me rendre plus sensible à votre désespoir et à votre absence ? comblée il y a deux jours des douceurs de l’amitié, j’en éprouve aujourd’hui les peines les plus amères.
(Lettre XXXIV)
Céline toute affligée qu’elle est, n’a que trop bien exécuté vos ordres. Elle m’a présenté Aza d’une main, et de l’autre votre cruelle lettre. Au comble de mes vœux la douleur s’est fait sentir dans mon âme ; en retrouvant l’objet de ma tendresse, je n’ai point oublié que je perdais celui de tous mes autres sentiments. Ah, Déterville ! que pour cette fois votre bonté est inhumaine ! mais n’espérez pas exécuter jusqu’à la fin vos injustes résolutions ; non, la mer ne nous séparera pas à jamais de tout ce qui vous est cher ; vous entendrez prononcer mon nom, vous recevrez mes lettres, vous écouterez mes prières ; le sang et l’amitié reprendront leurs droits sur votre cœur ; vous vous rendrez à une famille à laquelle je suis responsable de votre perte.
(Lettre XXXIV)
Quoi ! pour récompense de tant de bienfaits, j’empoisonnerais vos jours et ceux de votre sœur ! je romprais une si tendre union ! je porterais le désespoir dans vos cœurs, même en jouissant encore de vos bontés ! non ne le croyez pas, je ne me vois qu’avec horreur dans une maison que je remplis de deuil ; je reconnais vos soins au bon traitement que je reçois de Céline, au moment même où je lui pardonnerais de me haïr ; mais quels qu’ils soient, j’y renonce, et je m’éloigne pour jamais des lieux que je ne puis souffrir, si vous n’y revenez. Que vous êtes aveugle, Déterville !
(Lettre XXXIV)
Quelle erreur vous entraîne dans un dessein si contraire à vos vues ? vous vouliez me rendre heureuse, vous ne me rendez que coupable ; vous vouliez sécher mes larmes, vous les faites couler, et vous perdez par votre éloignement le fruit de votre sacrifice.
(Lettre XXXIV)
Cet Aza, l’objet de tant d’amours, n’est plus le même Aza, que je vous ai peint avec des couleurs si tendres. Le froid de son abord, l’éloge des Espagnols, dont cent fois il a interrompu le plus doux épanchement de mon âme, la curiosité offensante, qui l’arrache à mes transports, pour visiter les raretés de Paris : tout me fait craindre des maux dont mon cœur frémit. Ah, Déterville ! peut-être ne serez-vous pas longtemps le plus malheureux.
(Lettre XXXIV)
Si la pitié de vous-même ne peut rien sur vous, que les devoirs de l’amitié vous ramènent ; elle est le seul asile de l’amour infortuné. Si les maux que je redoute allaient m’accabler, quels reproches n’auriez-vous pas à vous faire ? Si vous m’abandonnez, où trouverai-je des cœurs sensibles à mes peines ? La générosité, jusqu’ici la plus forte de vos passions, céderait-elle enfin à l’amour mécontent ? Non, je ne puis le croire ; cette faiblesse serait indigne de vous ; vous êtes incapable de vous y livrer ; mais venez m’en convaincre, si vous aimez votre gloire et mon repos.
(Lettre XXXIV)
Si vous n’étiez la plus noble des créatures, monsieur, je serais la plus humiliée ; si vous n’aviez l’âme la plus humaine, le cœur le plus compatissant, serait-ce à vous que je ferais l’aveu de ma honte et de mon désespoir ? Mais hélas ! que me reste-t-il à craindre ? qu’ai-je à ménager ? tout est perdu pour moi.
(Lettre XXXV)
Ce n’est plus la perte de ma liberté, de mon rang, de ma patrie que je regrette ; ce ne sont plus les inquiétudes d’une tendresse innocente qui m’arrachent des pleurs ; c’est la bonne foi violée, c’est l’amour méprisé qui déchire mon âme. Aza est infidèle.
(Lettre XXXV)
Aza infidéle ! Que ces funestes mots ont de pouvoir sur mon âme… mon sang se glace… un torrent de larmes…
(Lettre XXXV)
Si j’étais étrangère, inconnue, Aza pourrait m’aimer : unis par les liens du sang, il doit m’abandonner, m’ôter la vie sans honte, sans regret, sans remords.
(Lettre XXXV)
Aza ne m’aime plus ; ah ! malheureuse…
(Lettre XXXV)
Le cruel Aza n’a conservé de la candeur de nos mœurs, que le respect pour la vérité, dont il fait un si funeste usage. Séduit par les charmes d’une jeune Espagnole, prêt à s’unir à elle, il n’a consenti à venir en France que pour se dégager de la foi qu’il m’avait jurée, que pour ne me laisser aucun doute sur ses sentiments ; que pour me rendre une liberté que je déteste ; que pour m’ôter la vie.
(Lettre XXXV)
Oui, c’est en vain qu’il me rend à moi-même, mon cœur est à lui, il y sera jusqu’à la mort.
Ma vie lui appartient, qu’il me la ravisse et qu’il m’aime…
(Lettre XXXV)
Vous saviez mon malheur, pourquoi ne me l’aviez-vous éclairci qu’à demi ? Pourquoi ne me laissâtes-vous entrevoir que des soupçons qui me rendirent injuste à votre égard ? Eh pourquoi vous en fais-je un crime ? Je ne vous aurais pas cru : aveugle, prévenue, j’aurais été moi-même au-devant de ma funeste destinée, j’aurais conduit sa victime à ma rivale, je serais à présent… Ô Dieux, sauvez-moi cette horrible image !…
(Lettre XXXV)
Déterville, trop généreux ami ! suis-je digne d’être écoutée ? suis-je digne de votre pitié ? Oubliez mon injustice ; plaignez une malheureuse dont l’estime pour vous est encore au-dessus de sa faiblesse pour un ingrat.
(Lettre XXXV)
Puisque vous vous plaignez de moi, monsieur, vous ignorez l’état dont les cruels soins de Céline viennent de me tirer. Comment vous aurais-je écrit ? Je ne pensais plus. S’il m’était resté quelque sentiment, sans doute la confiance en vous en eût été un ; mais environnée des ombres de la mort, le sang glacé dans les veines, j’ai longtemps ignoré ma propre existence ; j’avais oublié jusqu’à mon malheur. Ah, Dieux ! pourquoi en me rappelant à la vie m’a-t-on rappelée à ce funeste souvenir !
(Lettre XXXVI)
Il est parti ! je ne le verrai plus ! il me fuit, il ne m’aime plus, il me l’a dit : tout est fini pour moi. Il prend une autre épouse, il m’abandonne, l’honneur l’y condamne ; eh bien, cruel Aza, puisque le fantastique honneur de l’Europe a des charmes pour toi, que n’imites-tu aussi l’art qui l’accompagne !
(Lettre XXXVI)
Heureuse Française, on vous trahit ; mais vous jouissez longtemps d’une erreur qui ferait à présent tout mon bien. On vous prépare au coup mortel qui me tue. Funeste sincérité de ma nation, vous pouvez donc cesser d’être une vertu ? Courage, fermeté, vous êtes donc des crimes quand l’occasion le veut ?
(Lettre XXXVI)
Tu m’as vue à tes pieds, barbare Aza, tu les as vus baignés de mes larmes, et ta fuite… Moment horrible ! pourquoi ton souvenir ne m’arrache-t-il pas la vie ?
(Lettre XXXVI)
Si mon corps n’eût succombé sous l’effort de la douleur, Aza ne triompherait pas de ma faiblesse… il ne serait pas parti seul. Je te suivrais, ingrat, je te verrais, je mourrais du moins à tes yeux.
(Lettre XXXVI)
Regrets inutiles, désespoir infructueux, douleur, accable-moi.
(Lettre XXXVI)
Fuyez une malheureuse qui ne sent plus les bontés que l’on a pour elle, qui s’en fait un supplice, qui ne veut que mourir.
(Lettre XXXVI)
Rassurez-vous, trop généreux ami, je n’ai pas voulu vous écrire que mes jours ne fussent en sureté, et que moins agitée, je ne pusse calmer vos inquiétudes. Je vis ; le destin le veut, je me soumets à ses lois.
(Lettre XXXVII)
Les soins de votre aimable sœur m’ont rendu la santé, quelques retours de raison l’ont soutenue. La certitude que mon malheur est sans remède a fait le reste.
(Lettre XXXVII)
Je sais qu’Aza est arrivé en Espagne, que son crime est consommé, ma douleur n’est pas éteinte, mais la cause n’est plus digne de mes regrets ; s’il en reste dans mon cœur, ils ne sont dus qu’aux peines que je vous ai causées, qu’à mes erreurs, qu’à l’égarement de ma raison.
(Lettre XXXVII)
La porte par laquelle Céline l’amena dans ma chambre le jour de votre départ et de son arrivée ; le siège sur lequel il s’assit, la place où il m’annonça mon malheur, où il me rendit mes lettres, jusqu’à son ombre effacée d’un lambris où je l’avais vu se former, tout faisait chaque jour de nouvelles plaies à mon cœur.
(Lettre XXXVII)
Si le souvenir d’Aza se présente à mon esprit, c’est sous le même aspect où je le voyais alors. Je crois y attendre son arrivée. Je me prête à cette illusion autant qu’elle m’est agréable ; si elle me quitte, je prends des livres, je lis d’abord avec effort, insensiblement de nouvelles idées enveloppent l’affreuse vérité qui m’environne, et donnent à la fin quelque relâche à ma tristesse.
(Lettre XXXVII)
Je me prête à mes faiblesses, je ne combats celles de mon cœur, qu’en cédant à celles de mon esprit. Les maladies de l’âme ne souffrent pas les remèdes violents.
(Lettre XXXVII)
La véritable décence est dans mon cœur. Ce n’est point au simulacre de la vertu que je rends hommage, c’est à la vertu même. Je la prendrai toujours pour juge et pour guide de mes actions. Je lui consacre ma vie, et mon cœur à l’amitié. Hélas ! quand y régnera-t-elle sans partage et sans retour ?
(Lettre XXXVII)
C’est en vain que vous vous flatteriez de faire prendre à mon cœur de nouvelles chaînes.
(Lettre XXXVIII)
Ma bonne foi trahie ne dégage pas mes serments ; plût au ciel qu’elle me fît oublier l’ingrat ! mais quand je l’oublierais, fidèle à moi-même, je ne serai point parjure. Le cruel Aza abandonne un bien qui lui fut cher ; ses droits sur moi n’en sont pas moins sacrés : je puis guérir de ma passion, mais je n’en aurai jamais que pour lui : tout ce que l’amitié inspire de sentiments sont à vous, vous ne la partagerez avec personne, je vous les dois. Je vous les promets ; j’y serai fidèle ; vous jouirez au même degré de ma confiance et de ma sincérité ; l’une et l’autre seront sans bornes. Tout ce que l’amour a développé dans mon cœur de sentiments vifs et délicats tournera au profit de l’amitié.
(Lettre XXXVIII)
Nous lirons dans nos âmes : la confiance sait aussi bien que l’amour donner de la rapidité au temps. Il est mille moyens de rendre l’amitié intéressante et d’en chasser ennui.
(Lettre XXXVIII)
Vous me donnerez quelque connaissance de vos sciences et de vos arts ; vous goûterez le plaisir de la supériorité ; je le reprendrai en développant dans votre cœur des vertus que vous n’y connaissez pas. Vous ornerez mon esprit de ce qui peut le rendre amusant, vous jouirez de votre ouvrage ; je tâcherai de vous rendre agréables les charmes naïfs de la simple amitié, et je me trouverai heureuse d’y réussir.
(Lettre XXXVIII)
Vous craignez en vain que la solitude n’altère ma santé. Croyez-moi, Déterville, elle ne devient jamais dangereuse que par l’oisiveté.
(Lettre XXXVIII)
Sans approfondir les secrets de la nature, le simple examen de ses merveilles n’est-il pas suffisant pour varier et renouveler sans cesse des occupations toujours agréables ? La vie suffit-elle pour acquérir une connaissance légère, mais intéressante de l’univers, de ce qui m’environne, de ma propre existence ?
(Lettre XXXVIII)
Le plaisir d’être ; ce plaisir oublié, ignoré même de tant d’aveugles humains ; cette pensée si douce, ce bonheur si pur,
je suis, je vis, j’existe, pourrait seul rendre heureux, si l’on s’en souvenait, si l’on en jouissait, si l’on en connaissait le prix.
(Lettre XXXVIII)
Venez, Déterville, venez apprendre de moi à économiser les ressources de notre âme, et les bienfaits de la nature. Renoncez aux sentiments tumultueux destructeurs imperceptibles de notre être ; venez apprendre à connaître les plaisirs innocents et durables, venez en jouir avec moi, vous trouverez dans mon cœur, dans mon amitié, dans mes sentiments tout ce qui peut vous dédommager de l’amour.
(Lettre XXXVIII)
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HISTORIQUE
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